La première, Maroussia domina son émotion, et, essayant de dégager la figure de Tchetchevik de ses deux mains qui lui couvraient le visage, elle fixa ses yeux encore humides sur son grand ami, et, d’une voix qui ne tremblait presque plus, elle lui dit avec un sourire:
«Vois, je ne suis plus triste.»
Ne recevant pas de réponse, elle appuya sa joue sur l’épaule de son grand ami et le caressa timidement. Le grand ami releva alors la tête et, regardant sa petite compagne:
«Mais toi, tu souffres au delà de tes forces, pauvre petite....
—Mais toi, tu souffres donc aussi, répondit-elle, et au delà de tes forces aussi, et tout le monde souffre ainsi! tout le pays....
—Oh! oui, tout le pays....
—Qui pourrait ne pas souffrir? dit Maroussia, les oiseaux seuls, les oiseaux étourdis à qui il est égal d’aller de branche en branche, et de se poser sur celle-ci plutôt que sur celle-là. Mais te rappelles-tu ce que tu disais si bien et à tous il n’y a pas longtemps, ce qui s’entendait d’une colline à l’autre par-dessus les plaines: «En avant!» Et de quelle voix tu les entraînais tous! comme tu les ramenais au combat! le peuple entier te suivait. Maroussia seule te suit en ce moment; mais c’est égal, fais pour elle seule ton commandement: «En avant!» et elle sera prête à marcher.»
L’enfant s’était levée.
L’homme, à sa voix, en fit autant; tous deux se prirent par la main et se remirent en route. Après avoir marché un peu, ils aperçurent un village. Un chemin étroit, couvert d’herbes, y conduisait.