«Que ta main est froide! s’écria l’enfant.
—Ne pense pas à ma main, mon cher cœur. Hâte-toi! d’abord sur le pont, les deux couronnes, et puis à l’homme qui sortira du petit bois, le mouchoir, s’il te dit: «Que Dieu te soit en aide!» Courage, Maroussia, c’est pour le salut de ce qui restait de vaillants défenseurs à l’Ukraine.»
Le grand ami essaya de frayer un passage à Maroussia, mais la force lui manqua. Cette faiblesse de celui qu’elle regardait comme la personnification de toute force glaça le cœur de la petite fille. Pour la première fois elle trembla pour l’ami qu’elle avait cru invulnérable. Mais elle ne lui fit pas de question. Elle comprit qu’il avait dit tout ce qu’il voulait dire.
Tout à coup deux bras musculeux écartèrent encore le feuillage. La petite fille, surprise, se jeta devant son grand ami qu’elle croyait menacé.
«Ne crains rien, Maroussia, lui dit Tchetchevik, celui-là est un ami, un ami sûr et fidèle.»
Maroussia aperçut au milieu des branches un paysan de haute taille qui lui fit un salut respectueux, mais amical. Il est évident que ce n’était pas la première fois qu’il voyait Maroussia.
«C’est mon camarade Pierre, dit Tchetchevik; regarde-le, c’est un chêne, lui aussi.
—Il est presque plus grand que toi,» dit-elle bien étonnée.
Pierre écartait, brisait les branches devant Maroussia. Il marchait à reculons et son regard inquiet ne quittait pas Tchetchevik.
Maroussia vit bien qu’il pensait que son grand ami avait besoin d’aide. Mais Tchetchevik, qui s’appuyait d’arbre en arbre, lui disait: