—La maison du mari était très-belle, elle était même superbe; c’était comme un château ou un palais, mais un palais triste. Elle était bâtie dans une forêt si épaisse et si sombre, qu’on ne voyait presque pas le ciel à travers les cimes des grands arbres touffus. De chemins ou seulement de sentiers, il n’y avait pas même apparence tout autour. Le mari ne restait guère avec sa femme. Chaque soir, il l’embrassait et lui disait: «A bientôt, ma chère femme;» puis il partait avec ses compagnons, et il restait quelquefois deux, trois et même dix jours absent.
—C’était très-mal, dit l’envoyé.
—Quand il revenait, il causait beaucoup plus avec ses camarades qu’avec sa femme. Il lui donnait toutes sortes de bijoux et de parures, c’est vrai; mais cela ne contentait pas la jeune mariée, elle n’était pas coquette; elle se sentait très-malheureuse et fut prise peu à peu d’un violent chagrin.
«Elle se dit: «Puisque la vie est si triste, je veux mourir. Oui, c’est fini...»
«Mais la vie est plus longue que ça. Le proverbe a bien raison: «Le chagrin revient souvent, mais la mort ne vient qu’une fois.» Un jour qu’elle avait été laissée toute seule dans le grand château sombre, et que, malgré les pensées noires qui lui passaient par la tête, elle se sentait très-vive et très-alerte, elle se dit:
«Pourquoi resterais-je ainsi, assise et sans remuer, à attendre la mort? Allons nous promener un peu. Je trouverai aussi bien la fin de mes maux dans le parterre que dans le coin de cet appartement.»
«Et elle courut au parterre, qui faisait une petite ceinture de fleurs au château entre ses murs de pierre et la vaste forêt. Tout verdoyait, tout fleurissait dans le petit parterre. «Mourir, pensa-t-elle en regardant les fleurs, cela n’est pas déjà si bon. Ah! si j’étais heureuse, j’aimerais mieux vivre...»
«Alors elle pleura, mais, tout en pleurant, elle cueillit un charmant bouquet de muguet et de roses sauvages, et, le voyant si joli, si gai: «Où vais-je te mettre, mon pauvre bouquet? dit-elle à ses fleurs. Ma grande chambre est si désolée! tu n’y serais pas plus tôt que tu te fanerais.
«Il lui vint alors une autre idée: «Si je visitais les autres chambres, peut-être, dans le nombre, en trouverais-je une petite qui me plairait.»
«Aussitôt dit, aussitôt fait. Elle parcourut plusieurs chambres; toutes étaient grandes, riches et belles si l’on veut, mais désagréables.