—Sais-tu, petite fille, que ce que tu dis là ne manque pas tout à fait de bon sens? dit l’envoyé de Setch en riant. Cependant, il serait plus sage de dire «qu’il est plus raisonnable de ne rien trop désirer.» Mais, continue, Maroussia. Cette pauvre jeune femme a-t-elle fini par ouvrir la porte?
—Oui, reprit la petite. Tant que dura le jour elle s’occupa à tailler le bois de la porte, et c’est ainsi que, à force de tailler et de tailler sans cesse, elle parvint à faire sauter les serrures et à entrer dans la chambre inconnue. D’abord elle se crut dans une boîte, il y faisait tout à fait noir. Contente d’y avoir pénétré, elle n’avait pu retenir, en y mettant les pieds, un ah! de satisfaction. Mais voilà que des quatre angles de la chambre noire, son ah! lui revint. Cela l’étonna, mais pas au point de lui faire peur; elle en conclut, après réflexion, que cela voulait dire que la chambre était sonore parce qu’elle était très-peu ou pas du tout meublée. En effet, ses yeux, en s’habituant à l’obscurité, virent que sa déduction était juste, et que c’était pour cela que l’écho lui avait renvoyé plusieurs ah! à la place du sien. Elle tâtonna encore et encore. Ses doigts ne rencontraient ni portes ni fenêtres. Les quatre murs étaient lisses partout. Découragée, elle allait s’en retourner, quand, tout à coup, à droite de la petite porte d’entrée, sa main heurta contre une petite tablette sur laquelle elle trouva une lanterne et tout ce qu’il fallait pour l’allumer; tu penses bien que vite elle l’alluma, mais sa lanterne ne lui fit pas découvrir d’autre issue à la chambre. Toutefois elle s’obstina: «Cette chambre unie n’est pas un but; elle est pour conduire quelque part. Elle doit cacher un passage. Je ne sortirai pas sans l’avoir trouvé.»
—C’était une entêtée, dit l’envoyé.
—Oh! non; mais que veux-tu, quelque chose la poussait, elle avait son idée! Elle se disait bien: «Mon mari peut arriver, et, s’il arrive, qui sait s’il ne trouvera pas à redire à ma curiosité?» mais, tout de même, elle continua ses recherches.
—Vive la persévérance féminine! fit l’envoyé, qui suivait le récit de Maroussia avec beaucoup d’intérêt.
—Elle tourna dans la chambre tant et tant, que, à la fin, elle heurta du pied un anneau de fer...
«Elle approcha sa lanterne: c’était une trappe dans le parquet.
«Il lui sembla que de la vie elle n’avait été si contente.
«La trappe était bien lourde pour elle; mais, quand on veut bien une chose, on arrive presque toujours à la faire. Elle faillit s’y casser les dix doigts; cependant, à la fin, elle souleva la trappe.
«Elle distingua alors les marches d’un étroit escalier qui aboutissait à un grand trou noir. Elle était partie, ce n’était pas pour s’arrêter. «C’est égal, dit-elle, quoique cela ait l’air terrible, je descendrai là-dedans.»