«La jeune mariée avait beaucoup à réfléchir sur ce qu’elle venait de découvrir. Elle demanda à Dieu de l’inspirer.

«Avant tout, il fallait sortir de l’épouvantable souterrain. Elle en sortit, referma la trappe, remit la lanterne à sa place, tira bien toutes les portes derrière elle, et, plus morte que vive, elle rentra dans sa chambre. Elle était plus malheureuse cent fois depuis sa découverte, et cependant elle ne voulait plus mourir, elle voulait se sauver.

«Mais comment faire?»

Ici Maroussia tressaillit. Un bruit s’était fait entendre, le bruit de quelqu’un ou de quelque chose qui serait tombé ou se serait jeté dans la rivière.

«Rassure-toi, dit l’envoyé, c’est quelque animal, une loutre peut-être, qui a voulu traverser l’eau, peut-être un gros poisson qui a fait un de ses sauts hors de l’eau et qui a sauté plus haut qu’à l’ordinaire.

—Oui, oui, dit Maroussia, ce n’est que cela. Et revenant tout de suite à l’histoire:

«Comment faire, en effet?» se disait la jeune dame. La forêt inextricable entourait de tous les côtés sa demeure. On n’y voyait aucune issue. Certainement elle pouvait se glisser, au risque de beaucoup de déchirures, entre les épais taillis. Mais après? savait-elle où cela la conduirait! Il est si facile de s’égarer dans toute forêt! Qui pouvait dire si, après une longue journée de marche, elle ne se retrouverait pas à son point de départ, en face de son mari irrité? «Comment faire, comment faire?» se répétait-elle à elle-même.

«Dussé-je périr en route, se dit-elle à la fin, il faut que je me sauve, et je me sauverai.»

—Voilà ce qui s’appelle avoir du vrai courage,» dit l’envoyé.

Malgré les graves préoccupations qui l’assiégeaient, il était très-attentif au récit que, tout en marchant, sa petite compagne lui faisait. Par la manière dont il y plaçait de temps en temps son mot, Maroussia s’en aperçut et cela lui faisait plaisir.