Il avait raison, l’envoyé. La petite fille semblait encore plus mignonne au milieu de cette vaste étendue de verdure, près de ces bœufs énormes et de cette grande voiture, à côté de ce géant de la Setch.

«Ah! je voudrais être grande! soupira Maroussia. Tiens! voici le mouchoir de maman, je vais le mettre sur ma tête à la mode des vieilles et je paraîtrai très-âgée. Regarde! n’est-ce pas?»

Ses grands yeux le regardaient de dessous le mouchoir brun qui couvrait entièrement sa tête blonde et ses épaules rosées.

L’envoyé la regarda tendrement et sourit. Pendant un instant il ne voulut ou ne put rien dire.

Quand il répondit enfin, sa voix était bien basse, si basse qu’on eût dit que ce n’était pas la sienne:

«Tu connais bien le chemin, Maroussia? demanda-t-il.

—Je connais très-bien ce chemin. Il faut aller toujours droit jusqu’au petit lac, et puis, étant arrivé près de ce petit lac, on tourne à droite, et dès qu’on a tourné, on aperçoit du haut d’une montée le toit de la maison de Knich. Une fois là, on ne trouve pas de difficultés pour arriver à Tchiguirine. J’ai bien entendu quand Knich disait à mon père: «A moins d’être un niais, on va facilement par ce chemin.»

—Connais-tu ce Knich?

—Je le connais, il vient souvent chez nous.

—Il te recevra bien?