II

UN VOYAGEUR INCONNU.

Il y avait une réunion chez Danilo Tchabane. La soirée était sombre, les hôtes pensifs et silencieux. Les maîtres eux-mêmes avaient peine à sourire. On se regardait plus qu’on ne se parlait. Il était visible que tout ce monde avait le même souci.

De temps en temps on s’adressait à Andry Krouk:

«Les murs de Tchiguirine étaient-ils de force à résister à un assaut? Les défenseurs étaient-ils solides? Si on relisait la dernière proclamation du chef? Quelques-uns ne la connaissaient pas. Savait-on s’il se présentait beaucoup de volontaires?»

Andry Krouk, évidemment bien renseigné sur toutes ces choses, répondait très-couramment. Il décrivait les remparts de Tchiguirine, ses fossés, ses portes, ses tranchées, comme un homme qui a passé par là et vu tout cela plus d’une fois, et récemment encore.

Tandis que les hommes parlaient, les fuseaux s’arrêtaient, les femmes écoutaient anxieusement. Et quand les hommes se taisaient et fumaient, elles échangeaient à voix basse quelques paroles.

«Encore une bataille près de Vélika, disait l’une.

—Combien de tués? demanda Moghila.