«Que faire? se demanda-t-elle. Que devenir? Comment le sauver? Comment le délivrer? Rien n’est changé dans l’aspect de cette voiture; serait-il encore...»
Elle retourna dans la cour pour s’assurer que personne ne l’observait. «Si je le puis sans imprudence, se disait-elle, j’oserai, sinon l’appeler, attirer du moins par un moyen quelconque son attention.»
Tout à coup, en passant à côté d’un amas de grosses pierres entassées contre un mur en ruines, elle crut entendre, non, elle entendit bien distinctement, comme si elle fût sortie de dessous terre, la voix qu’elle connaissait si bien, et qui lui disait:
«Merci, ma petite Maroussia! Sois tranquille, tout va bien!»
Elle n’en pouvait douter, c’était la voix, la voix même de celui pour qui elle croyait avoir à trembler encore. Frappée par la joie comme par une flèche, elle s’affaissa sur l’herbe, incapable de faire un pas de plus.
Peu à peu elle se remit et tâcha de voir d’où pouvait bien venir cette voix qu’elle avait été si heureuse d’entendre.
L’amoncellement des pierres près duquel elle se trouvait avait l’air très-ancien. Les pierres étaient couvertes de mousses et d’herbes folles, de plantes grimpantes, et de petites fleurs jaunes qui brillaient comme des étoiles sous les rayons du soleil. Évidemment ces pierres avaient été jetées là à l’époque lointaine où, sous un bâtiment depuis presque entièrement disparu, l’on avait construit cette vieille cave, dont son œil chercheur avait remarqué le soupirail, bien qu’il fût à peine visible à travers le fouillis de plantes qui l’obstruait.
«Ai-je bien entendu?» se demanda la petite Maroussia.
Son pauvre cœur battait à rompre sa poitrine. Mais la voix, sortant de nouveau des décombres, se fit entendre une seconde fois: