—Sans doute, l'image est fort belle, repartit le voleur en la caressant de nouveau; mais, si elle était de bois, ne serait-ce pas pour vous la même chose?

—Infâme sacrilège, ne touche pas davantage à mon effigie, que profanent tes mains criminelles! s'écria Jean de Launoy, qui avait deviné le projet de ce mécréant.

—Vous qui êtes si riche, madame la Vierge, dit le Normand en chargeant sur ses épaules la statue qu'il voulait emporter, vous pouvez bien faire ce don à un pauvre diable comme moi?

—Écoute! dit l'enfant, que sa présence d'esprit n'abandonna pas: je veux bien t'épargner un péché mortel. Laisse là ma statue, et fais un acte de contrition, pour que le bon Dieu te pardonne; ensuite, en guise de récompense, je te montrerai un trésor, qui t'empêchera de piller à l'avenir les richesses de l'Église.

—Un trésor! s'écria le crédule et avide Bas-Normand. Je ferai volontiers un acte de contrition, voire même deux, s'il vous plaît, et quand j'aurai de quoi vivre, par votre grâce, Madame la sainte Vierge, je deviendrai un honnête homme.

—Fais donc ce que je t'ordonne! dit Jean de Launoy. Il y a, derrière le tombeau du cardinal-évêque Gilles Deschamps, une porte fermée d'un simple verrou: ouvre-la!

—Mais le trésor? objecta le voleur, qui avait peine à renoncer au butin qu'il voulait emporter, pour un autre qu'il ne tenait pas encore.

—Ouvre cette porte! répliqua Jean de Launoy avec autorité; descends vingt marches, et va toujours en avant, à tâtons, jusqu'à ce que je t'avertisse d'arrêter…

—Mais le trésor? disait à voix basse le voleur, qui avait suivi les instructions de la voix mystérieuse et qui se trouvait déjà dans un souterrain profond. O bonne sainte Vierge, je vois là briller quelque chose! s'écria le malfaiteur, au fond de ce labyrinthe ténébreux où il s'était imprudemment engagé. Est-ce le trésor?

—Oui, tu peux le prendre.