PREFACE

Simon Goulart en envoyant a son frere Jean Goulart un volume de son Thresor des histoires admirables et memorables lui dit: "Ce sont pieces rapportees et enfilees grossierement ausquelles je n'adjouste presque rien du mien, pour laisser a vous et a tout autre debonnaire lecteur la meditation libre du fruit qu'on en peut et doit tirer. Dieu y apparoit en diverses sortes pres et loin, pour maintenir sa justice contre les coeurs farouches de tant de personnes qui le regardent de travers; item pour tesmoigner en diverses sortes sa grace a ceux qui le reverent de pure affection."

Autant nous en dirons de notre ouvrage. De tout temps il y a eu des croyants et des incredules.

"Les ignorans, dit Bodin[1], pensent que tout ce qu'ils oyent raconter des sorciers et magiciens soit impossible. Les atheistes et ceux qui contrefont les scavans ne veulent pas confesser ce qu'ils voyent, ne scachans dire la cause, afin de ne sembler ignorants. Les sorciers et magiciens s'en moquent pour deux raisons principalement: l'une pour oster l'opinion qu'ils soyent du nombre; l'autre pour establir par ce moyen le regne de Satan. Les fols et curieux en veulent faire l'essay."

[Note 1: En la preface de sa Demonomanie.]

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CURIOSITES INFERNALES

LES DIABLES

I.—EXISTENCE DES DEMONS

"Il y en a plusieurs, dit Loys Guyon[1], tant incredules de nostre temps, qui ne veulent croire qu'il y ait des demons ou malins esprits qui habitent en certaines maisons (qui sont cause que personne n'y peut frequenter) ou par les deserts qui font fourvoyer les voyageurs. Et aussi en d'autres lieux… Ce qui m'a donne occasion d'escrire de ces demons, c'est que lisant le livre du voyage de Marc Paul, Venetien, des Indes Orientales, il escrit d'un desert, qu'il appelle Lop, qui est situe dans les limites de la grande Turquie qui est entre les villes de Lop et de Sanchion, qu'on ne scauroit passer en vingt-cinq ou trente journees, et pour ce qu'il est necessaire a aucuns, pour la negotiation qu'ont ceux de Lop avec ceux de Sanchion ou de la province du Tanguth, de passer par ces deserts, combien qu'ils s'en passeroyent bien, s'ils pouvoyent, veu les dangers et grandes difficultez qui s'y trouvent… C'est chose admirable qu'en ce desert l'on void et oid de jour, et le plus souvent de nuict, diverses illusions et fantosmes, de malins esprits, au moyen de quoy, ja n'est besoin a ceux qui y passent de s'eslongner a la trouppe, et s'escarter de la compagnie. Autrement, a cause des montagnes et costaux, ils perdroyent incontinent la veuee de leurs compagnons. Et les appellent par leurs propres noms, feignans la voix d'aucuns de la trouppe et par ce moyen les destournent et divertissent de leur vray chemin, et les meinent a perdition tellement qu'on ne scait qu'ils deviennent. On oid aussi quelquefois en l'air des sons et accords d'instrumens de musique, et le plus souvent des bedons et tabourins, et pour ces causes ce desert est fort dangereux et perilleux a passer.