"A deux heures de l'apres midy fut rapportee la dicte Nicole, estant possedee du diable, a la dicte eglise ou furent faites par ledit de Motta les conjurations comme auparavant. Nonobstant toute conjuration le dit Beelzebub dit a haute voix qu'il n'en sortirait. Apres diner donc retournant le dit de Motta aux conjurations luy demanda combien ils en etoient sortis? Il repond 26. Il faut maintenant (ce disoit de Motta) que toy et tous tes adherans sortiez comme les autres. Il repond: Non je ne sortiray pas icy; mais si tu me veux mener a sainte Restitute, nous sortirons la. Il te suffise s'ils sont sortis 26. Et puis le dit de Motta demande signe suffisant comment ils estoient sortis. Il dist pour tesmoignage que l'on regarde au petit jardin du tresorier qui est sur le portail; car ils ont prins et emporte trois houppes (c'est-a-dire branches) d'un verd may (d'un petit sapin) et trois escailles de dessus l'eglise de Liesse faicte en croix, comme les autres de France communement. Ce qui a ete trouve vray, comme a veu monsieur l'abbe de Saint-Vincent, monsieur de Velles, maistre Robert de May, chanoine de l'eglise Nostre-Dame de Laon, et autres."
Le meme auteur[1] rapporte les contorsions de la demoniaque de Laon:
[Note 1: Le tresor et entiere histoire de la triomphante victoire du corps de Dieu sur l'esprit malin de Beelzebub, etc., p. 187.]
"Et autant, dit-il, que le reverend pere eveque lui mettoit la saincte hostie devant les yeux, luy disant: Sors ennemy de Dieu: d'autant plus se jectoit-elle a revers de cote et d'autre, en se tordant la face devers les pieds et en muglant horriblement et les pieds a revers les orteils estant mis au talon, contre la force de huict ou dix hommes elle se roidissoit et eslancoit en l'air plus de six pieds, ou la hauteur d'un homme. De sorte que les gardes, voire mesme en l'air avec elle parfois eleves en suoient de travail. Et encore qu'ils s'appesantissent le plus qu'ils pouvoient, pour la retenir en bas: si ne la pouvoient-ils toutes fois maistriser que quasi elle ne leur eschapast, et fust arrachee des mains sans qu'elle se monstrast aucunement eschauffee.
"Le peuple voyant et oyant chose si horrible, monstrueuse, hydeuse et espouvantable crioient: Jesus, misericorde! Les uns se cachoient ne l'osant regarder. Les autres cognoissant l'enragee cruaute de cet excessif indicible et incredible tourment pleuroient a grosses larmes piteusement redoublans: Jesus, misericorde!"
"Apres la patiente ainsi pis que morte dure, roide, contrefaite, courbee et diforme, estoit par la permission du reverend pere eveque laissee a toucher et a manier a ceux qui vouloient. Mais principalement le fut-elle par les pretendus reformez, hommes tres forts. Et nommeement Francoys Santerre, Christofle Pasquot, Gratian de la Roche, Marquette, Jean du Glas et autres tres forts hommes assez remarques entre eux de leur pretendue religion reformee, s'efforcerent mais en vain de luy redresser les membres, de les poser en leur ordre, luy ouvrir les yeux et la bouche. Mais ils ne peurent en sorte que ce feust. Aussy eussiez vous plustost rompu que ploye quelque membre d'icelle, ou faict mouvoir ou le bout du nez ou des aureilles, ou autre membre d'icelle, tant elle estoit roide et dure. Et lors elle estoit tenue, comme elle parloit par apres, declarant qu'elle enduroit un mal incredible. C'est a scavoir le diable par le tourment de l'ame, faisant le corps devenir pierre ou marbre."
Jean Le Breton rapporte les faits suivants sur les possedees de
Louviers[1]:
[Note 1: De la defense de la verite touchant la possession des
religieuses de Louviers, par M. Jean Le Breton, theologien.
Evreux, Nic. Hamillon, 1643, in-4 deg., p. 8.]
"Le quatrieme fait est que plusieurs fois le jour, elles temoignent de grands transports de fureur et de rage, durant lesquels elles se disent demons, sans offenser neantmoins personne, et sans blesser mesmes les doigts de la main des prestres, lorsqu'au plus fort de leurs rages, ils les mettent en leur bouche."
"La cinquiesme est que durant ces fureurs et ces rages, elles font d'estranges convulsions et contorsions de leurs corps, et entr'autre se courbent en arriere, en forme d'arc, sans y employer leurs mains, et ce en sorte que tout leur corps est appuye sur leur front autant et plus que sur leurs pieds, et tout le reste est en l'air et demeurent longtemps en cette posture et la reiterent jusqu'a sept ou huict fois: et apres tous ces efforts et mille autres, continuez quelquefois quatre heures durant, principalement, dans les exorcismes, et durant les plus chaudes apres disnees des jours caniculaires, se sont au sortir de la trouvees aussi saines, aussi fraisches, aussi temperees, et le poulx aussi haut et aussi esgal, que si rien ne leur fut arrive."