"Elles y sont portees le plus souvent sur un baston, qu'elles oignent de certain onguent compose de gresse de petits enfans que le diable leur fait homicidier, combien que quelquefois elles s'en frottent aussi les cuisses, ou autres parties du corps. Ainsi frottees elles ont coutume de s'asseoir sur une fourche, baguette, ou manche de ballay, mesme sur un taureau, sur un bouc ou sur un chien… puis mettant le pied sur la cramaillere s'envolent par la cheminee et sont transportees en leurs assemblees diaboliques ou bien souvent elles trouvent des feux noirs et horribles tous allumez. La le demon leur apparoist en forme de bouc ou de chien, lequel elles adorent en diverses postures, tantost pliant les genouils en terre, tantost debout et dos contre dos, tantost brandillants les cuisses contrehaut et renversant la teste en arriere, de sorte que le menton soit porte vers le ciel: voire pour plus grand hommage lui offrent des chandelles noires ou des nombrils de petits enfants et le baisant aux parties honteuses de derriere. Mais quoy pourroit-on ecrire sans horreur que quelquefois elles imitent aussi le sacrifice de la saincte messe, l'eau beniste et semblables ceremonies des catholiques par mocquerie et derision. Elles y presentent en outre leurs enfants au diable, luy dedient de leur semence espandue en terre, et luy apportent aucunes fois la sainte Hostie en leur bouche, laquelle elles foulent a beaux pieds en leur presence."
Le meme auteur[1] explique les banquets et les danses du sabbat:
[Note 1: Les controverses et recherches magiques de Martin Delrio, etc., p. 897.]
"Quelquefois elles dansent devant le repas et quelquefois apres, ordinairement y a diverses tables, trois ou quatre, chargees quelquefois de morceaux friands et delicats, et quelquefois insipides et grossiers, selon les dignitez et moyens des personnes. Quelquefois elles ont chacune leur demon assis aupres d'elles, et quelquefois elles sont toutes rangees d'un cote et leur demon range a l'opposite. Elles n'oublient pas aussi de benir leurs tables avant le repas, mais avec des paroles remplies de blasphemes avouant Beelzebub pour createur et conservateur de toutes choses. Elles luy rendent semblablement action de graces apres le repas avec les memes blasphemes. Et il ne faut pas oublier qu'elles assistent a ces banquets aucunes fois a face decouverte et d'autres fois masquees ou voilees de quelque linge. Elles dancent peu apres dos contre dos et en rond, chacune tenant son demon par les mains, ou bien quelquefois les chandelles ardentes, qu'elles luy avaient offertes en l'allant adorer et baiser. A ces ebats ne manquent aucunes fois le haubois et les menetriers, si quelquefois elles ne se contentent de chanter a la voix. Finalement apres la dance ausquels elles rendent apres compte de ce qu'elles ont fait depuis la derniere assemblee, et sont celles la les mieux venues, lesquelles ont commis de plus enormes et de plus execrables mechancetez. Les autres qui se sont comportez un peu plus humainement sont sifflees et mocquees, mises a l'ecart et le plus souvent encore battues et maltraitees de leurs maitres."
Delrio[1] decrit la sortie du sabbat et fait connaitre a quelle epoque il se tient:
[Note 1: Les controverses et recherches magiques de Martin Delrio,
etc., p. 199.]
"Elles recueillent en dernier lieu des poudres que quelques uns pensent etre les cendres du bouc, dont le demon avait pris la figure et lequel elles avoient adore, subitement consume par les flames en leur presence, ou recoivent d'autres poisons, qu'elles cachent pour s'en servir a l'execution de leurs pernicieux desseins, puis enfin s'en retournent en leurs maisons celles qui sont pres a pied, et les plus eloignees en la facon qu'elles y avoient ete transportees. J'avois oublie que ces sabbats diaboliques se font le plus souvent environ la minuit, pour ce que Satan fait ordinairement ses efforts pendant les tenebres: et qu'ils se tiennent encor a divers jours en diverses provinces: en Italie, la nuit d'entre le vendredy et le samedy, en Lorraine les nuits qui precedent le jeudy et le dimanche et en d'autres lieux, la nuit d'entre le lundy et le mardy."
Esprit de Bosroger[1] rapporte les aveux de Madeleine Bavan, a propos du sabbat:
[Note 1: La piete affligee, p. 389.]
"I. Qu'etant a Rouen dans la maison d'une couturiere ches laquelle elle resta l'espace de trois ans elle fut debauchee par un magicien qui en abusa plusieurs, la fit transporter au sabbat avec trois de ses compagnes qu'il avait aussi debauchees: il y celebra la messe avec une chemise gatee de salletes luy appartenant, le dit magicien estant au sabbat, les fit signer dans un registre d'environ deux mains de papier; Madeleine adjoute qu'elle emporta du sabbat la vilaine chemise de laquelle le magicien s'etait servi, et etant de retour la prist sur soy, pendant lequel temps elle se sentit fort portee a l'impudicite jusqu'a ce qu'elle eust quittee par l'ordre d'un sage confesseur cette abominable chemise."