Une autre question est de savoir si c'est une superstition de porter sur soi les reliques des saints, une croix, une image, une chose benite par les prieres de l'Eglise, un Agnus Dei, etc., et si l'on doit mettre ces choses au rang des amulettes, comme le pretendent les protestants.—Nous reconnaissons que si l'on attribue a ces choses la vertu surnaturelle de preserver d'accidents, de mort subite, de mort dans l'etat de peche, etc., c'est une superstition. Elle n'est pas du meme genre que celle des amulettes, dont le pretendu pouvoir ne peut pas se rapporter a Dieu; mais c'est ce que les theologiens appellent vaine observance, parce que l'on attribue a des choses saintes et respectables un pouvoir que Dieu n'y a point attache. Un chretien bien instruit ne les envisage point ainsi; il sait que les saints ne peuvent nous secourir que par leurs prieres et par leur intercession aupres de Dieu. C'est pour cela que l'Eglise a decide qu'il est utile et louable de les honorer et de les invoquer. Or c'est un signe d'invocation et de respect a leur egard de porter sur soi leur image ou leurs reliques; de meme que c'est une marque d'affection et de respect pour une personne que de garder son portrait ou quelque chose qui lui ait appartenu. Ce n'est donc ni une vaine observance ni une folle confiance d'esperer qu'en consideration de l'affection et du respect que nous temoignons a un saint, il intercedera et priera pour nous. Il en est de meme des croix et des Agnus Dei.
On lit dans Thyraeus[1] qu'en 1568, dans le duche de Juliers, le prince d'Orange condamna un prisonnier espagnol a mourir; que ses soldats l'attacherent a un arbre et s'efforcerent de le tuer a coups d'arquebuse; mais que les balles ne l'atteignirent point. On le deshabilla pour s'assurer s'il n'avait pas sur la peau une armure qui arretat le coup; on trouva une amulette portant la figure d'un agneau; on la lui ota, et le premier coup de fusil l'etendit raide mort.
[Note 1: Disp. de Daemoniac. pars III, cap. XLV.]
On voit, dans la vieille chronique de dom Ursino, que quand sa mere l'envoya, tout petit enfant qu'il etait, a Saint-Jacques de Compostelle, elle lui mit au cou une amulette que son mari avait arrachee a un chevalier maure. La vertu de cette amulette etait d'adoucir la fureur des betes cruelles. En traversant une foret, une ourse enleva le prince des mains de sa nourrice et l'emporta dans sa caverne. Mais, loin de lui faire aucun mal, elle l'eleva avec tendresse; il devint par la suite tres fameux sous le nom de dom Ursino, qu'il devait a l'ourse, sa nourrice sauvage, et il fut reconnu par son pere, a qui la legende dit qu'il succeda sur le trone de Navarre.
Les negres croient beaucoup a la puissance des amulettes. Les Bas-Bretons leur attribuent le pouvoir de repousser le demon. Dans le Finistere, quand on porte un enfant au bapteme, on lui met au cou un morceau de pain noir, pour eloigner les sorts et les malefices que les vieilles sorcieres pourraient jeter sur lui.
Helinand conte qu'un soldat nomme Gontran, de la suite de Henry, archeveque de Reims, s'etant endormi en pleine campagne, apres le diner, comme il dormait la bouche ouverte, ceux qui l'accompagnaient et qui etaient eveilles, virent sortir de sa bouche une bete blanche semblable a une petite belette, qui s'en alla droit a un ruisseau assez pres de la. Un homme d'armes la voyant monter et descendre le bord du ruisseau pour trouver un passage tira son epee et en fit un petit pont sur lequel elle passa et courut plus loin…
Peu apres, on la vit revenir, et le meme homme d'armes lui fit de nouveau un pont de son epee. La bete passa une seconde fois et s'en retourna a la bouche du dormeur, ou elle rentra…
Il se reveilla alors; et comme on lui demandait s'il n'avait point reve pendant son sommeil, il repondit qu'il se trouvait fatigue et pesant, ayant fait une longue course et passe deux fois sur un pont de fer.
Mais ce qu'il y a de merveilleux, c'est qu'il alla par le chemin qu'avait suivi la belette; qu'il becha au pied d'une petite colline et qu'il deterra un tresor que son ame avait vu en songe.
Le diable, dit Wierus, se sert souvent de ces machinations pour tromper les hommes et leur faire croire que l'ame, quoique invisible, est corporelle et meurt avec le corps; car beaucoup de gens ont cru que cette bete blanche etait l'ame de ce soldat, tandis que c'etait une imposture du diable…