[Note 2: Traite sur les apparitions des esprits, t. I, p, 248.]

"Lavater, cite par Taillepied[1], dit qu'un homme luy a escrit qu'a Davoise, au pays des Grisons, il y a une mine d'argent en laquelle Pierre Buol, homme notable et consul de ce lieu-la, a faict travailler es annees passees, et en a tire de grandes richesses. Il y avoit en icelle un esprit de montagne lequel principalement le jour de vendredy, et souvent, lorsque les metaillers versoient ce qu'ils avoient tire dans les cuves, faisoit fort de l'empescher, changeant a sa fantaisie les metaux des cuves en autres. Ce consul ne s'en soucioit autrement, car quand il vouloit descendre en la mine ou en remonter, se confiant en Jesus-Christ, s'armoit du signe de la croix, et jamais ne lui advint aucun mal. Or un jour advint que cest esprit fit plus de bruit que de coutume, tellement qu'un metailler impatient commenca a l'injurier et a luy commander d'aller au gibet avec imprecation et malediction. Lors cet esprit print le metailler par la tete, laquelle il luy tordit en telle sorte que le devant estoit droitement derriere: dont il ne mourut pas toutefois, mais vesquit depuis longtemps ayant le col tors et renverse, cognu familierement de plusieurs qui vivent encor; quelques annees apres il mourut.

[Note 1: Traite sur l'apparition des esprits, p. 128-130.]

"George Agricola escrit qu'a Annenberg, en une mine qu'on appelle Couronne de rose, un esprit ayant forme de cheval tua douze hommes, ronflant et soufflant contre eux, tellement qu'il la fallut quitter, encore qu'elle fut riche d'argent.

"Semblablement, on dit qu'en la mine de Saint-Gregoire en Schueberg, il en fut veu un, ayant la teste enchaperonnee de noir, lequel print un tireur de metal et l'esleva fort haut, qui ne fut pas sans l'offenser grandement en son corps.

"Olaus Magnus, cite par dom Calmet[1], dit qu'on voit dans les mines, surtout dans celles d'argent ou il y a un plus grand profit a esperer, six sortes de demons qui, sous diverses formes, travaillent a casser les rochers, a tirer les seaux, a tourner les roues, qui eclatent quelquefois de rire et font diverses singeries; mais que tout cela n'est que pour tromper les mineurs qu'ils ecrasent sous les rochers ou qu'ils exposent aux plus eminents dangers pour leur faire proferer des blasphemes ou des jurements contre Dieu. Il y a plusieurs mines tres riches qu'on a ete oblige d'abandonner par la crainte de ces dangereux esprits."

[Note 1: Traite sur les apparitions des esprits, t. I, p. 251.]

"Les nains de la Bretagne, les bergmannchen de l'Allemagne sont regardes, dit M. A. de Maury[1], comme d'une extreme habilete dans l'art de travailler les metaux. Les idees defavorables que l'on a sur eux les font meme passer chez les Bretons, les Gallois, les Irlandais, comme de faux monnayeurs; c'est au fond des grottes, dans les flancs des montagnes, qu'ils cachent leurs mysterieux ateliers. C'est la qu'aides souvent des Elfes et des autres genies analogues, ils forgent, ils trempent, ils damasquinent ces armes redoutables dont ils ont dote les dieux et parfois les mortels. L'un de ces forgerons nomme Wieland ou Velant, instruit par les nains de la montagne de Kallowa, s'etait acquis une immense renommee. Son nom de la Scandinavie etait passe dans la France, change en celui de Galant, Galant qui avait fabrique Durandal, l'epee de Charlemagne, et Merveilleuse, l'epee de Doolen de Mayence. La Vilkina Saga nous dit que la mere de ce celebre Vieland etait un Elfe et son pere un geant vade. Suivant d'autres traditions, il serait lui-meme un licht elf. Ainsi, les Elfes, en une foule de circonstances, voient leur histoire se meler a celle des nains. L'Edda parle aussi de l'extreme habilete des Elfes dans l'art de travailler les metaux: ce sont eux qui ont forge Gungner, l'epee d'Odin, qui ont fait a Sifa sa chevelure d'or, a Freya sa chaine d'or. Le cluricaune irlandais est aussi un forgeron et le paysan assure entendre souvent la montagne retentir du bruit de son marteau."

[Note 1: Les Fees du moyen age, p. 81-82.]

"A la ville de Greisswald et dans les environs, ajoute M. Alfred Maury[1], c'est une tradition repandue chez le peuple, que jadis, a une epoque que l'on ne peut plus determiner, le pays etait habite par un grand nombre de nains. On ignore le chemin qu'ils ont suivi en s'en allant, mais on croit qu'ils se sont refugies dans les montagnes. Une legende prussienne raconte comment les nains qui habitaient Dardesheim furent chasses par un forgeron, et comment depuis on ne les a plus revus. Dans l'Erzgebirge, une tradition toute semblable dit que les nains ont ete chasses par l'etablissement des forges. Dans le Harz, meme legende. Le peuple du Nord-Jutland dit que les trolls ont quitte Vendyssel pour ne plus reparaitre."