La religion du personnage, qu'on signalait de la sorte, était indiquée au moyen d'un signe de ponctuation placé après son nom. S'il était catholique, on mettait un point; luthérien, un point et une virgule; calviniste, une virgule; juif, un trait d'union. S'il passait pour athée, on ne mettait aucun signe.
Des points placés au-dessus, au-dessous ou à côté de quelques mots, de petits signes mis dans les angles de la carte, dans le genre de ceux-ci:
,
et qui pouvaient passer pour de simples ornements sans conséquence, indiquaient les qualités, les défauts, l'instruction du porteur de la carte. En y jetant un coup d'œil, le ministre apprenait en une minute, aussi bien qu'il l'eût fait en lisant une page entière de raisonnements, si l'individu auquel on avait remis pareil billet, était joueur, vicieux ou duelliste; s'il venait en France pour se marier, pour recueillir une succession ou pour se livrer à l'étude; s'il était médecin, journaliste, homme de lettres; s'il méritait d'être soumis à une surveillance, ou bien s'il ne devait inspirer aucun soupçon. Rien ne pouvait faire soupçonner qu'il y eût autant de secrets dans un simple billet de l'aspect le plus inoffensif, et conçu, par exemple en ces termes:
ALPHONSE D'ANGEHA
recommandé à monsieur
le comte de Vergennes par le marquis
de Puysegur, ambassadeur de France
à la cour de Lisbonne.
Mais les lignes placées au-dessous du nom du porteur, les signes de ponctuation, les ornemente très-peu multipliés jetés dans les coins de la carte, étaient gros de révélations que nul n'aurait soupçonnées.
Tout ceci est d'ailleurs raconté beaucoup plus longuement que nous ne devons le faire, dans une brochure devenue fort rare et imprimée en langue allemande vers 1793. Elle a pour titre: «Correspondance de la police secrète du comte de Vergennes, ministre de l'infortuné roi Louis XVI.»
§ VI.
La Cryptographie au dix-neuvième siècle.