«Prends garde que l'ennemy ne...»

C'est d'un procédé de ce genre qu'usait César pour correspondre avec Cicéron et autres personnages de l'époque, selon le témoignage de Suétone, procédé que l'abbé Trithème expose en ces termes:

«Pour l'intelligence de ce secret, il falloit changer et prendre la quatrième lettre de l'alphabet, qui est D, pour la première lettre, qui est A; E, pour B; F, pour C, et ainsi conséquemment transposer et changer lesdites lettres alphabétiques.»

§ II.

J. B. Porta.

La diplomatie italienne avait, au seizième siècle, grand besoin d'invoquer les ressources de la Cryptographie, afin de couvrir d'un voile impénétrable des secrets souvent terribles et les plus sinistres combinaisons. Le Conseil des Dix devait tenir à ce que ces dépêches fussent constamment lettre close, dans toute la rigueur du mot; les Borgia, les Visconti, les Farnèse, avaient fréquemment à transmettre des communications qu'il fallait soustraire à tous les yeux. L'art de l'écriture chiffrée devint une étude des plus importantes à Milan, à Florence, à Rome. Un Napolitain, dont l'intelligence chercheuse et l'active curiosité s'exerçaient sur toutes sortes de sujets[2], J. B. Porta, réunit et discuta, en s'efforçant de les perfectionner, les diverses méthodes cryptographiques connues alors au delà des Alpes. L'esprit net et pratique de cet écrivain le préserva complétement des aberrations tout à fait étrangères à pareil sujet, auxquelles Trithème s'était abandonné; il s'efforça d'être utile, mais il pécha par excès d'imagination. À force de vouloir multiplier les procédés d'écriture secrète, il prit la peine d'en montrer et d'en décrire un grand nombre qui seraient d'un usage très-incommode et dont il est bien certain que jamais personne n'a eu l'idée de faire usage.

L'ouvrage dans lequel Porta a développé ses idées, est intitulé:

De furtivis litterarum notis, vulgo de ziferis. On en compte des éditions assez nombreuses; nous signalerons celles de Naples, 1563, 4o, et 1602, fo; de Montbelliard, 1592, 8o; de Strasbourg, 1606, 8o, etc. Cet écrit est divisé en trois livres.

Le premier, après avoir consacré quelques pages aux hiéroglyphes et à la sténographie en usage parmi les anciens Romains, passe en revue les diverses manières de se faire comprendre en dérobant toutefois sa pensée au vulgaire; le langage allégorique, métaphorique ou énigmatique, les mots amphibologiques ou entrelacés, coupés ou renversés, les syllabes insignifiantes ajoutées dans le discours, sont utiles en pareille circonstance.

On peut aussi communiquer à distance, sans se parler, et par le simple son, qui, répété, indique le rang que tient dans l'alphabet chaque lettre des mots qu'on veut porter à une oreille amie; deux corps frappés l'un contre l'autre, des coups donnés sur une muraille d'après une manière convenue, servent également d'interprète.