Un petit volume très-rare, le Passe-temps et le Songe du triste, publié à Lyon, s'annonce comme ayant été mis au jour:

L'an de trois croix, cinq croissans, ung trépier.

Ce qui signifie 1530, les figures étant rangées de droite à gauche: XXX. CCCCC. M.

§ II.

Des artifices employés par quelques auteurs pour déguiser leurs noms.

Il a été de mode parmi certains auteurs du seizième siècle de déguiser leurs noms sous une devise qui les couvrait du manteau d'une anagramme plus ou moins ingénieuse, plus ou moins exacte.

Le Formulaire fort récréatif de tous contratz... fait par Bredin, Lyon, 1594.

Les mots Bonté ny soit, sont en guise de signature à la fin de l'avis au lecteur; on croit y reconnaître le nom anagrammatisé de l'auteur: Benoist (du) Troncy.

Noël du Fail, auteur de deux écrits dont les anciennes éditions sont vivement recherchées des bibliophiles (les Propos rustiques et les Baliverneries d'Eutrapel), cacha son nom sous l'anagramme de Léon Ladulfi; Nicolas Denisot, conteur et poëte contemporain d'Henri II, donna ses écrits sous la signature du comte d'Alsinois. Le chevalier de Cailly, dont les spirituelles épigrammes ont reparu dans la jolie Collection des petits classiques françois (1825, 9 vol. in-16), n'eut guère l'intention de se dérober sérieusement aux regards du public lorsqu'il se présenta sous le nom d'Aceilly.

Il serait facile de multiplier pareils exemples; nous signalerons Ancillon, signant du nom de Ollincan son Traité des eunuques; nous mentionnerons Amelot de La Houssaye, d'Orléans, qui ne déguise guère la paternité de ses pesants commentaires sur Tacite, en les donnant comme l'œuvre du sieur de La Mothes Josseval d'Aronsel; nous retrouverions dans Philippe Alcripe, sieur de Neri, auteur d'un recueil facétieux devenu rare (la Nouvelle Fabrique des excellens traits de vérité), le nom de Philippe Le Picar, sieur de Rien; nous ne saurions surtout oublier l'immortel auteur du Gargantua et du Pantagruel, maître François Rabelais, qui a changé son nom en celui d'Alcofribas Nasier.