Un écrivain américain, Edgar Poë, auteur de contes pleins de talent et d'originalité[7], a, dans un de ses récits, le Scarabée d'or (the Gold-Bug), raconté comment un homme, doué d'une intelligence pénétrante et chercheuse, sut parvenir à la découverte d'un trésor considérable enfoui par des pirates dans un coin reculé de la Louisiane, trésor dont le gîte était indiqué par une série de chiffres sur un vieux morceau de parchemin que le hasard plaça sous ses yeux habitués à voir juste et loin. Voici quelle était la première ligne de cet écrit:

53 +++ 305) 6*; 4826) 4 +); 808*; 48 +
8 § 60 Ɔ 85; 1 + (;1. + * 8)

En examinant quels étaient les signes qui revenaient le plus souvent et quels étaient ceux qui étaient les plus rares; en constatant que le caractère 8 se présentait 33 fois,

;26 fois,
419 fois,
+)16 fois;

en observant quelles sont les lettres qui, en anglais, entrent le plus dans la composition des mots; en tenant compte des combinaisons et des juxtapositions qu'amènent les lois de l'orthographe, le mystère fut pénétré. Mais laissons les lecteurs chercher eux-mêmes dans les pages de M. Poë comment s'accomplit ce tour de force.

CHAPITRE VI.
DES LIVRES À CLEF.

Ils font encore partie du domaine de la Cryptographie, ces livres dans lesquels on a voulu, au moyen de l'anagramme des noms ou de tout autre artifice, dépayser le lecteur et lui donner, presque toujours peu sérieusement, le change sur le véritable sens des pages qu'on mettait sous ses yeux.

Les compositions satiriques, les écrits qui ne ménagent nullement la religion et la décence, forment presque toujours la catégorie où rentrent les livres à clef. Nous allons en citer quelques-uns.

Les Princesses malabares: ce livre irréligieux, attribué à Lenglet-Dufresnoy et imprimé à Rouen, en 1724, sous la fausse indication d'Andrinople, est parfois accompagné d'une clef, dont voici une partie:

Mison (Simon), saint Pierre; Tuotalic, catholique; Rasoni, raison; Roligine, Religion; Ema, âme; Chéterine, chrétienne; Gélise, église; Vaddi, David, etc. On voit que l'auteur a eu recours au plus vulgaire et au plus facile de tous les moyens de déguisement, à l'anagramme, procédé bien candide et bien naïf, puisque les éléments du mot se présentent d'eux-mêmes à qui prend la peine de les chercher. À côté du livre que nous venons d'indiquer, plaçons: