Le roi contemplait en silence la ville, qui paraissait illuminée comme pour une fête et qui était pleine de rumeurs indistinctes.

Soudain la grosse cloche de Saint-Germain-l'Auxerrois sonna.

—Qu'est cela? demanda Charles, qu'on eût dit éveillé en sursaut au son de cette cloche. Madame ma mère, ce n'est pas moi qui ai donné ordre?...—C'est moi, reprit Catherine de Médicis. Quand vous avez ordonné de purger le Louvre des gentilshommes huguenots qui y sont logés, j'ai ordonné de faire sonner la cloche des funérailles de l'amiral. Sire, vous serez royalement vengé, je vous assure, et déjà vous devez sentir que vous êtes vraiment roi.—Grand merci, madame, pour vos bonnes intentions à notre égard; mais le Seigneur Dieu m'est témoin que je me lave les mains de tout ce qui sera fait!... A-t-on bien avisé surtout à ce qu'il ne soit pas répandu de sang dans le Louvre, qui est la demeure inviolable des rois de France?—Selon votre commandement, sire, dit le comte de Retz, il y a peine de mort contre quiconque souillerait votre maison par un meurtre.

Un tumulte, d'abord vague et couvert, puis bientôt plus éclatant, régnait dans l'intérieur du Louvre.

Des clameurs lamentables et des cris menaçants retentissaient de toutes parts avec des cliquetis d'armes et d'armures. Les fenêtres s'ouvrirent et s'éclairèrent, en se garnissant de monde, surtout de femmes, qui attendaient un spectacle.

Dans les corridors et les galeries, dans les cours et les préaux, couraient des soldats, l'épée nue et la torche à la main; quelques coups de feu accusaient la résistance des victimes qu'on poursuivait ainsi, mais qu'on ne massacrait pas encore.

Enfin, la grande porte livra passage à ces victimes et à leurs bourreaux.

C'étaient les Suisses de la garde du roi et ceux de la garde du duc d'Anjou, qui avaient reçu mission de se saisir de tous les gentilshommes de la maison du roi de Navarre et de celle du prince de Condé.

C'étaient ces gentilshommes qu'on menait désarmés hors du Louvre pour les égorger!

Les Suisses se servirent de leurs armes contre leurs prisonniers, quand ils eurent passé le pont-dormant de pierre, auquel aboutissait la principale entrée du château; alors, en criant: Tue! tue! ils se précipitèrent sur les malheureux, qui criaient: Grâce! merci! en essayant de s'enfuir ou de se défendre.