—Gondrin, mon ami! lui cria Charles IX, je te prie d'abjurer, par amour de moi, et de te rendre catholique, ainsi que ton maître le roi de Navarre!—Sire! répondit le bâtard de Gondrin, baron de Pardaillan, à qui le roi faisait cette prière, j'abjurerais peut-être, par amour de vous; mais je ne le puis, par amour de ma dame, qui est de la religion, et qui ne m'épouserait pas catholique.—Méchant, reprit le roi avec dépit, préfères-tu ta dame à ton roi! Elle est donc bien belle, cette Anne de Curson?—Ah! sire, c'est la plus gente damoiselle de la Bretagne... Mais, au nom de la justice, pourquoi ces meurtres abominables?...—Les huguenots ont tramé une déloyale conspiration pour m'ôter la vie et la couronne. Tu n'étais pas conspirateur, toi, Gondrin, qui jouais tantôt à la paume avec moi? Hâte-toi donc d'abjurer, mon cher fils, sinon je ne réponds de rien... Dis, n'es-tu pas bon catholique?—Point, sire; je suis fiancé à damoiselle Anne de Curson, et, comme tel, calviniste jusqu'au bûcher, s'il le faut!
A ces mots, un archer lui asséna sur la tête un coup de pertuisane, et l'ayant fait tomber à genoux, étourdi, aveuglé par le sang qui lui coulait dans les yeux, le frappa tant qu'il ne le crut pas mort, malgré les cris de Charles IX.
Ce prince, voyant que Gondrin, confondu dans la foule des morts, ne donnait plus signe de vie, se cacha le visage entre les mains, et resta quelques instants absorbé dans ses regrets.
Plus de quatre-vingts gentilshommes avaient été massacrés et gisaient en un seul tas qui atteignait presque à la hauteur du balcon.
Des bourgeois, que le bruit des armes à feu, les cris des meurtriers et des victimes, la lueur des torches et le tocsin de Saint-Germain-l'Auxerrois avaient fait sortir de leurs maisons, se hasardèrent sur le théâtre du massacre, et le quittèrent en criant que les huguenots avaient tenté de forcer le Louvre et de tuer le roi.
Cette calomnie se répandit en un moment par toute la ville, où l'on n'attendait que le signal de l'horloge du palais pour commencer le massacre, qui ne s'était pas encore étendu hors du quartier du Louvre.
C'était dans ce quartier, autour de l'hôtel de Béthisy, où demeurait l'amiral, que les gentilshommes du parti calviniste avaient pris aussi leurs logements. Une sourde rumeur, venant de ce côté, témoignait que le duc de Guise, le principal ordonnateur de la Saint-Barthélemy, n'en avait plus retardé l'exécution.
Tout à coup une fusée partit du haut du clocher de Saint Germain l'Auxerrois, et décrivant en l'air une courbe lumineuse, vint s'éteindre dans la Seine, en face du Louvre.
—Sire, l'amiral n'existe plus pour votre ruine et celle du royaume! s'écria Catherine de Médicis: remerciez Dieu et le duc de Guise qui vous en ont délivré.
Au même instant, la grosse cloche du palais sonna en carillon, et ses joyeux tintements se mêlèrent aux solennelles vibrations du tocsin de Saint-Germain-l'Auxerrois.