Il envoya pourtant à Charles VI une ambassade qui eut l'air de proposer une trêve de cinquante ans avec des conditions honteuses et intolérables, pendant qu'il achevait les préparatifs de l'expédition projetée dès son avénement au trône.

A son ambassade, Charles VI répondit par une ambassade qui n'eut pas plus de succès, mais qui apprit au roi de France que son cousin d'Angleterre était prêt à lui déclarer la guerre.

En effet, Henri V lui écrivit, avant de s'embarquer, qu'il voulait combattre jusqu'à la mort pour justice, et qu'il réclamait son héritage, ainsi que la restitution de ses droits.

En conséquence, il partit avec seize cents vaisseaux chargés de troupes et d'approvisionnements, et vint mettre le siége devant Harfleur, où s'était enfermée l'élite des chevaliers de la Normandie pour défendre cette place forte qu'on regardait alors comme la clé du pays.

Pendant l'automne de cette même année 1415, Charles, duc d'Orléans, habitait son château de Coucy, près de Laon.

Il avait quitté la cour de Charles VI depuis plusieurs mois, et il s'était éloigné des affaires politiques, qui ne lui avaient jamais causé que de l'ennui et du dégoût.

Son caractère, honnête et loyal, bon et généreux, se refusait aux intrigues et aux mensonges dont cette cour était le foyer perpétuel; il se trouvait assez riche de ses revenus et assez puissant dans ses terres pour n'avoir pas besoin de se mêler du gouvernement de l'État, ni de puiser dans les coffres du roi.

Il aimait les armes, parce qu'il était brave, ainsi que tous les princes et tous les nobles de cette époque, qui apprenaient dès l'enfance à manier la lance et l'épée, mais il avait horreur de ces sanglantes collisions entre concitoyens, entre parents, au milieu desquelles sa jeunesse s'était si tristement écoulée.

Ce fut là l'origine de la mélancolie qui restait toujours empreinte sur son visage et qui planait souvent comme un nuage dans son esprit.

Charles d'Orléans n'avait alors que vingt-quatre ans; mais le malheur et l'étude lui avaient donné les qualités graves et solides d'un âge plus mûr: souffrir et méditer, c'est vivre doublement, c'est se faire une expérience précoce.