Elle redoubla même de précautions à cet égard, et elle menaça de sa colère quiconque aurait l'imprudence de prononcer une parole capable d'inquiéter ou d'éclairer le duc d'Orléans.

Si ce prince n'avait point passé pour gravement malade auprès de tout le monde, on n'eût rien compris à son indifférence au milieu des grands événements qui se préparaient, et tous les gentilshommes de sa maison seraient venus lui demander de les conduire à la guerre.

C'était, à cette époque, une passion commune à tous, que celle des armes, et un seigneur qui aurait évité une occasion d'exposer sa vie en combattant, eût été honni et déshonoré.

La chevalerie n'avait pas d'autre but que de former des hommes de guerre et de glorifier la vaillance, cette première vertu de la noblesse.

Pendant que Louis d'Orléans se faisait vêtir par ses valets de chambre, Bonne d'Armagnac, qui devait présider avec lui le puy de rhétorique, descendit dans le verger, pour essayer de dissiper les sombres nuages dont sa pensée et son front étaient obscurcis.

Elle portait sous son bras le manuscrit des poésies de son mari, parce qu'elle le lisait sans cesse et ne le quittait pas plus qu'un talisman ou une amulette. Elle ne commença pas toutefois sa lecture: elle était tombée dans une rêverie amère, en se disant que le duc d'Orléans ne lui pardonnerait pas la ruse qu'elle avait employée pour l'empêcher de faire son devoir de prince et de rejoindre l'armée du roi.

Isabeau de Grailly et Hermine de Lahern ne tardèrent pas à venir la retrouver sous une treille où elle s'était arrêtée machinalement dans sa promenade solitaire.

La duchesse avait un magnifique costume qui rehaussait l'éclat de sa beauté noble et majestueuse.

Sur sa tête s'élevait le hennin ou bonnet à cornes, en forme de demi-cercle, cette coiffure singulière que la reine Isabeau de Bavière avait empruntée aux modes de son pays, et que les dames de la cour adoptèrent avec tant de fureur que les prédicateurs en chaire traitaient le hennin d'invention du diable. Celui de Bonne d'Armagnac était en soie rouge brodée d'argent, avec garniture de canetilles d'or et de perles qui s'entrelaçaient en façon de feuillages.

Le surcot, qui, comme son nom l'indique, se portait par-dessus la cotte, ressemblait assez au vêtement qu'on appelle maintenant visite et que les femmes ont ajouté à leur toilette d'hiver, si ce n'est que le surcot dessinait exactement la taille et se découpait en basques arrondies sur les hanches; le surcot de la princesse, qui n'avait pas de manches, et qui laissait voir celles de sa robe en satin vert, se composait d'un corsage en damas blanc, offrant sur la poitrine deux larges bandes de fourrures de menu vair ou petit gris, qui suivaient le contour des basquines.