Fredet portait à sa ceinture tout ce qu'il fallait pour écrire: papier, encre et plume; il écrivit ces vers que le prince improvisa sur-le-champ:
Mieux vaut mourir que vivre sans honneur!
Or, vivre ainsi ne ferait pas mon compte.
Consolez-vous, en cas qu'une mort prompte
Sur le carreau laisse votre seigneur:
Car, échappant aux périls que j'affronte,
Si, sain de corps et non de déshonneur,
J'eusse évité la mort au champ d'honneur,
Je serais mort de même, mais de honte.
Le duc prit la plume de son secrétaire et apposa son seing au bas de ces vers qu'il attacha aux courtines de son lit.
Hermine entr'ouvrit la porte et annonça, d'une voix émue, que la duchesse allait s'éveiller.
Le prince s'appuya sur le bras de Boulainvilliers et sortit, à pas comptés, de sa chambre. En passant près de celle de Bonne d'Armagnac, il s'arrêta un moment, comme indécis; il écoutait, et il entendit la princesse répéter, en dormant, ce vers qui la troublait dans ses rêves:
Morte de deuil en pleurant tant de morts.
—Oh! la bonne femme que j'ai! pensa-t-il avec cette satisfaction intime d'un auteur qui se voit applaudi et apprécié: elle sait par cœur mes poésies et elle les répète en son sommeil! Je ne changerais pas mon vert laurier de poëte contre la couronne du roi de France.
Ce départ ressemblait à une fuite.
La damoiselle de Lahern, qui l'avait préparée, précédait son maître, la lampe à la main. Ils descendirent avec précaution les escaliers sonores; ils traversèrent sans bruit plusieurs galeries désertes, et ils arrivèrent sous une voûte basse qui aboutissait à un souterrain par lequel on sortait du château dans la campagne.
Toutes les issues étaient ouvertes, et personne ne se présenta sur le passage du prince, qui n'eût pas d'ailleurs été reconnu par ses propres officiers.