Jacquot se dirigea en courant vers le boulevard Poissonnière. Arrivé au coin du faubourg, il ralentit le pas et attendit. Une gentille bouquetière, qui préparait son étalage en causant avec la marchande de journaux, remarqua bientôt ce petit garçon, dont la mine futée, l'œil aux aguets et la physionomie éveillée faisaient oublier la laideur.

Car Jacquot était laid, ce qui s'appelle laid: un gros nez épaté, des petits yeux tout ronds, un front bombé, une bouche énorme et une peau mouchetée de taches de rousseur. Par exemple, son nez, sa bouche, ses yeux, tout riait en lui: il avait l'air content; il respirait à pleins poumons; il s'épanouissait sur les boulevards, comme si les boulevards lui avaient appartenu.

«Qu'est-ce que tu attends donc là, mon petit ami? lui demanda la gentille fleuriste.

—J'attends qu'il tombe de l'argent pour le ramasser, mam'selle!

—Alors tu attendras longtemps, reprit la jeune fille en riant.

—Je suis patient, et puis je ne suis pas pressé.

—Alors, si tu n'es pas pressé, veux-tu me rendre un petit service?

—Très volontiers, mam'selle.

—Veux-tu courir jusqu'au numéro 5 du faubourg Montmartre, monter au deuxième, sonner à gauche, et dire à la bonne qui t'ouvrira: «Mlle Giselle enverra le bouquet à quatre heures?...»

—C'est tout?