Ces façons de parler font allusion à ces aventuriers basanés qui courent les pays en exerçant la chiromancie, et qui ressemblent trait pour trait aux ambubaies d’Horace. Le nom de Bohèmes ou de Bohémiens leur a été donné parce que les premiers qui parurent en Europe étaient porteurs de passeports que Sigismond, roi de Bohème, leur fit délivrer, en 1417, pour débarrasser d’eux son royaume. Ils étaient, dit-on, originaires de l’Égypte, d’où les Mameluks les avaient chassés, et c’est à cause de cela qu’ils ont été également appelés Égyptiens.
Le nom de Bohèmes peut être dérivé aussi du vieux mot français boem, auquel certains glossateurs attribuent la signification de voleur; et certains autres celle d’ensorceleur.—Les Bohèmes ou Gougots ont toujours été accusés de vol et de sortilége.
BOIRE.—Boire à la santé de quelqu’un.
Cette expression, en usage dans toute l’Europe, n’a pas besoin d’être expliquée. La coutume d’où elle est venue, ou la philotésie, remonte à la plus haute antiquité. Les Égyptiens, les Assyriens, les Hébreux et les Perses se plaisaient à l’observer. Chez les Grecs et chez les Romains, c’était une cérémonie consacrée par la religion, par l’amitié, par la reconnaissance, par l’estime, par l’admiration, etc., en l’honneur des dieux, des personnes chéries, des magistrats, des hommes célèbres et des événements glorieux; à Rome, elle commençait ordinairement par l’invocation de Jupiter Sospitator, et de la déesse Hygie, pour laquelle on vidait des coupes appelées Pocula salutoria ou Pocula bonæ salutis. Les grâces et les muses étaient aussi honorées d’un culte particulier: on saluait les premières par trois rasades, et les dernières par neuf, ce qui donna lieu au proverbe, Aut ter aut novies bibendum, il faut boire trois fois ou neuf fois, que le poëte Ausonne a développé dans ce distique:
Ter bibe vel toties ternos; sic mystica lex est,
Vel tria potanti vel ter tria multiplicanti.
Ensuite venait le tour des convives. Celui qui voulait en saluer un autre lui disait avant de boire: Propino tibi salutem! ou Benè te! ou Dii tibi adsint! Il ajoutait quelquefois: Benè me! et cette formule était la plus raisonnable.
Le vin ne tourne à ma santé
Qu’autant que je le bois moi-même. (Parny.)
Propino tibi est une expression qui signifie proprement, je bois à toi le premier: on entendait par là que la personne à l’intention de laquelle on vidait sa coupe usât de réciprocité, et, dans certains cas, on lui transmettait cette coupe, après en avoir goûté la liqueur, afin qu’elle l’achevât.
Quand on portait la santé d’une maîtresse, la galanterie exigeait qu’on bût autant de cyathes qu’il y avait de lettres à son nom, témoin ce vers de Martial: