Expression autrefois très usitée en parlant d’un débiteur qui avait fait faillite ou cession de biens en justice, parce que celui qui se trouvait dans ce cas était condamné à porter un bonnet vert, et ne pouvait paraître en public sans en avoir la tête couverte, sous peine d’être constitué prisonnier par ses créanciers, conformément à un usage observé en France jusque sous le règne de Louis XIV, comme l’attestent ces vers de la première satire de Boileau:
Ou que d’un bonnet vert le salutaire affront
Flétrisse les lauriers qui lui couvent le front.
Cet usage, si peu d’accord avec les mœurs françaises, d’échapper au châtiment par la honte, était venu d’Italie vers la fin du XVIe siècle, suivant les arrêts rapportés par nos jurisconsultes.
Pasquier pense que la couleur verte du bonnet signifiait que le failli ou le cessionnaire était devenu pauvre par sa folie, attendu que cette couleur était affectée aux fous. (Recherches, liv. IV, ch. 10.) Le dictionnaire de Trévoux, au contraire, croit qu’elle annonçait qu’il était entièrement libéré après avoir fait l’abandonnement de ses biens, parce qu’elle était le symbole de la liberté.
Cette dernière raison me paraît préférable, et c’est encore à elle qu’il faut attribuer la coutume de sceller en cire verte et en lacs de soie verte les lettres de grâce, d’abolition et de légitimation.
Les évêques adoptèrent la couleur verte pour leurs chapeaux. L’abbé Tuet dit que ce fut en signe de leur exemption, et que ces chapeaux verts qu’on trouve dans leurs armoiries furent introduits en France par Tristan de Salazar, archevêque de Sens, qui les tira d’Espagne, où ils avaient paru dès l’an 1400.
C’est un bonnet rouge.
Le bonnet rouge était autrefois un attribut de haute noblesse, et quand on voulait parler d’un bon gentilhomme, on disait qu’il portait bonnet rouge, ou qu’il était bonnet rouge. Mais les expressions ont quelquefois une destinée malheureuse, et celle-ci devait cesser de désigner de grands personnages pour ne plus désigner que des forçats et des anarchistes pires que des forçats. Voici comment elle passa de la gloire à l’opprobre. Quelques soldats du régiment suisse de Château-Vieux qui s’était révolté à Nancy, en 1790, avaient été condamnés aux galères. Délivrés quelque temps après par les révolutionnaires devenus tout-puissants, ils furent appelés à Paris où des banquets et des fêtes les attendaient. Ces honnêtes criminels y parurent en triomphe sous le costume du bagne qu’on les félicitait d’avoir ennobli. Le bonnet rouge dont ils avaient la tête couverte fut regardé comme une couronne civique, et tous les ardents révolutionnaires s’empressèrent de l’adopter. Telle est l’histoire exacte de ce fameux bonnet que le peintre David façonna à la ressemblance de l’antique bonnet phrygien, pour en coiffer la statue de la Liberté.
Avoir la tête près du bonnet.