BUDGET.
Ce mot peut être regardé comme proverbial à cause du fréquent emploi qu’on en fait journellement dans toutes les classes de la société. Grands et petits, riches et pauvres, chacun parle de son budget. On dit un budget de cuisinière, un budget d’apothicaire, comme un budget de ministre. Je dois donc consigner ici l’histoire et la généalogie de ce mot, qui sont assez curieuses[25]. Il est d’origine française, et nous avons eu la bonté de le recevoir de seconde main des Anglais, qui nous l’ont rendu défiguré et méconnaissable. Qui pourrait croire qu’il vient de poche, et que c’est là précisément ce qu’il signifie? On objectera peut-être qu’il a bien changé sur la route; mais il n’est besoin que de la tracer pour se retrouver. Poche a fait le diminutif pochette, et par la facilité qu’a le p de se changer en b, pochette a insensiblement coulé en bogète, bougette, vieux mots dont le dernier a été conservé dans plusieurs éditions du Dictionnaire de l’Académie avec son augmentatif bouge, qui garde encore son acception originaire dans cette locution, bien remplir ses bouges, c’est-à-dire bien remplir ses poches ou faire un gros gain, et qui partout ailleurs signifie un petit endroit propre à resserrer divers objets dans une maison, comme la poche sert à le faire dans un habit. Bulge, qui veut dire enveloppe, bourse, valise, est la racine de tous ces mots.—A présent, on doit trouver assez facile le passage de bogète en budget, surtout chez les Anglais qui donnent à l’u le son de l’o; et il faut remarquer en outre que les Languedociens ont toujours dit dans leur patois lou bugé ou lou budjet en parlant d’une garderobe ou d’un petit endroit dans lequel ils renferment diverses choses.
BUISSON.—Il n’y a si petit buisson qui n’ait son ombre.
Ce proverbe s’emploie dans deux sens opposés, pour dire qu’il n’y a rien de si petit qui ne puisse être avantageux ou préjudiciable. C’est ainsi que les Latins disaient: Etiam unus capillus habet umbram suam, un cheveu même a son ombre. On prétend que l’ombre du buisson est devenue proverbiale à cause de cet apologue de la Bible:—«Les arbres voulurent se choisir un roi. Ils s’adressèrent d’abord à l’olivier et lui dirent: Règne. L’olivier répondit: Je ne quitterai pas le soin de mon huile pour régner sur vous. Le figuier dit qu’il aimait mieux ses figues que l’embarras du pouvoir suprême. La vigne donna la préférence à ses raisins. Enfin les arbres s’adressèrent au buisson, et le buisson répondit: Je vous offre mon ombre.»
On sent tout ce qu’il y a de hardi dans cette idée, mais elle est dans la Bible. Ce ne sont pas les philosophes, dit Chamfort, c’est le Saint-Esprit à qui elle appartient.
Trouver buisson creux.
C’est ne pas trouver ce qu’on s’attendait à trouver. Les chasseurs appellent buisson creux, un buisson dans lequel il n’y a point de gibier.
Il a battu les buissons et un autre a pris les oisillons.
Il s’est donné des peines dont un autre a profité. Moisant de Brieux explique ainsi ce proverbe: «On fait en hiver une petite chasse aux flambeaux et entre deux haies: un valet porte un bouleau ou autre arbrisseau plein de glu; d’autres valets battent de côté et d’autre les buissons, d’où les oiseaux sortant vont donner à la lumière et dans le bouleau où ils demeurent pris. Nous appelons cela aller au bouleau.»