Il est probable que cagot s’est formé par contraction de caas-goths, chiens goths, dénomination injurieuse déjà usitée en 507 pour désigner les Goths, à cause de leur attachement à l’arianisme, objet de scandale et de haine pour nos catholiques ancêtres qui traitèrent ces malheureux, réfugiés dans les Pyrénées, comme les Indiens traitent les parias et les poulichis.
Disons un mot de cette espèce de Cagots dont les pères avaient renversé et fondé plusieurs empires. Cette race, vouée à la persécution des Francs qui la vainquirent à la bataille de Vouillé, fut obligée de se cacher dans les plus secrets réduits des montagnes pour conserver ses habitudes religieuses. Elle y contracta des maladies héréditaires qui la réduisirent à un état pareil à celui des crétins. Lorsque, dans la suite, elle abjura l’arianisme et se réunit à la communion romaine, il lui fut impossible de se régénérer. Les Cagots furent alors regardés comme ladres et infects. On leur défendit sous les peines les plus sévères d’habiter dans les villes et les villages, et d’être chaussés et habillés autrement que de rouge. Ils ne pouvaient entrer que par une porte particulière dans les églises, où ils avaient des siéges séparés du reste des fidèles. Les sacrements même leur étaient interdits en certains endroits par la même raison qu’aux bêtes. On ne recevait point leur témoignage en justice, et c’était par grâce que la coutume de Béarn avait établi que les dépositions de sept d’entre eux équivaudraient à une déposition légale. Aujourd’hui ils ne sont plus exposés à la réprobation des autres hommes, mais ils restent toujours accablés des infirmités que la viciation du sang et de la lymphe peut produire. Leurs traits son difformes et livides. Cependant on y démêle quelque trace d’une origine étrangère que la dégradation de l’espèce n’a pas effacée entièrement. Leur moral paraît frappé d’imbécillité.
On comprend dans la race des Cagots ces êtres disgraciés de la nature appelés cahets en Guienne et en Gascogne; coliberts dans le Maine, l’Anjou, le Poitou et l’Aunis; cacoux et caqueux en Bretagne; et caffons dans les deux Navarres. Ce nom de caffon, qu’on fait dériver de l’espagnol cafo, lépreux, est tout à fait semblable à celui de caffoni que les habitants des environs de Rome et de Naples donnent aux paysans les plus grossiers.
CAHIN-CAHA.—Aller cahin-caha.
C’est-à-dire d’une manière inégale, incertaine, tant bien que mal, de mauvaise grâce. Ces deux mots, suivant Ménage, viennent de Quà hìnc quà hàc, deçà et delà.
L’esprit de l’homme, dit un proverbe cité par Martin Delrio, va clochant de côté et d’autre, claudicans in duas partes, c’est-à-dire cahin-caha. Luther l’a comparé à un paysan ivre à cheval, et qui redressé d’un côté, tombe de l’autre.
Le cardinal de Noailles, archevêque de Paris, accusé de favoriser tantôt les jésuites et tantôt les jansénistes, fut surnommé Cahin-caha, comme on le voit dans cette épitaphe épigrammatique qu’on lui fit le jour de sa mort:
Ci-gît Louis Cahin-caha,
Qui dévotement appela,
De oui de non s’entortilla,
Puis dit ceci, puis dit cela,
Perdit la tête et s’en alla.
Tout le monde connaît la chanson de Cahin-caha par Pannard que Marmontel appelait le La Fontaine du vaudeville. Elle fut tellement goûtée quand elle parut, que Pannard, en publiant ses œuvres, ne crut pouvoir trouver de meilleur moyen pour en assurer le succès que de mettre au titre: Par l’auteur de Cahin-caha.