Rolet était procureur au parlement de Paris, où on l’avait surnommé l’Ame damnée. Son improbité présentait un caractère si peu douteux et si public, que le président de Lamoignon disait ordinairement c’est un Rolet, quand il voulait désigner un insigne fripon. Ce procureur, que Furetière, dans son Roman bourgeois, a peint sous le nom de Volichon, ayant été convaincu d’avoir fait revivre une obligation de cinq cents livres, dont il avait déjà reçu le paiement, fut condamné par un arrêt du mois d’août 1681 au bannissement pour neuf années, à quatre mille livres de réparation civile et à d’autres amendes.
Les Grecs disaient: Appeler une figue une figue et un bateau un bateau, ce que Rabelais a eu en vue dans cette phrase: «Nous sommes simples gens puisqu’il plaît à Dieu, et appelons les figues figues.» (Pantagr., liv. IV, ch. 54.)
Les Latins avaient la même expression que les Grecs, en y remplaçant le mot bateau par le mot hoyau: Ficus, ficus, ligonem, ligonem vocare.
Emporter le chat.
C’est s’en aller sans payer ou sans prendre congé. Ce dicton a les deux acceptions que je viens d’indiquer dans le recueil d’Oudin, ainsi que dans tous les anciens recueils. L’abbé Tuet et La Mésangère ne lui ont attribué que la dernière, sans doute parce qu’elle leur a paru seule conforme à l’origine qu’ils en voulaient donner. Le premier a pensé qu’il pouvait être une allusion à quelque trait trop peu important pour qu’on en eût conservé la mémoire, par exemple, au trait d’un homme qui, emportant le chat d’une maison, se serait sauvé sans dire adieu, dans la crainte que l’animal ne vînt à miauler et à découvrir le vol. Le second l’a rattaché à un usage observé encore dans les Vosges, où une jeune fille congédie un jeune garçon qui n’est plus dans ses bonnes grâces en lui faisant l’envoi d’un chat, Je crois qu’il doit être expliqué différemment. Ce n’est que par calembourg que le mot chat s’entend ici d’un animal; il désigne proprement une monnaie du même nom qui était autrefois en grande circulation, particulièrement dans le Poitou. Le Glossaire de Ducange parle de cette monnaie au mot Chatus, et rapporte cette phrase d’une charte de 1459: Confessus est recepisse in chatis et aliâ monetâ... Il avoua avoir reçu en chats et autre monnaie... Ainsi Emporter le chat c’est emporter l’argent, s’en aller sans payer, et par extension, partir sans prendre congé.
Payer en chats et en rats.
Les chats, comme je viens de le dire, étaient une monnaie qui avait cours autrefois. Payer en chats pourrait donc signifier payer en espèces sonnantes; mais en ajoutant et en rats, on fait entendre qu’il n’est question d’espèces que par plaisanterie ou par calembourg, et l’expression s’emploie en parlant des personnes qui paient fort mal ou qui ne paient pas du tout. L’Académie dit qu’elle signifie payer en bagatelles, en toute sorte d’effets de mince valeur. Cette signification, qui repose sur une fausse interprétation, est très moderne.
La nuit tous chats sont gris.
La nuit, il est facile de se méprendre; ou, dans un sens particulier qui est le plus usité, il n’y a point de différence pour la vue, pendant l’obscurité, entre les belles et les laides, Hélène n’a aucun avantage sur Hécube, comme dit Henri Étienne. Les Grecs se servaient d’un proverbe analogue passé dans la langue latine en ces termes: Sublatâ lucernâ, nihil discriminis inter mulieres; quand la lampe est ôtée, les femmes ne diffèrent pas l’une de l’autre. Plutarque rapporte, dans son traité Des préceptes du mariage, qu’une belle et chaste dame cita ce proverbe à Philippe roi de Macédoine, pour l’engager à cesser les poursuites amoureuses dont elle était l’objet de la part de ce roi.
Il ne faut pas faire passer tous les chats pour des sorciers.