Leçon donnée aux ambitieux. La fortune est inconstante: E summo retro volvi suevit, dit Tite-Live. Ainsi monter ce n’est souvent qu’élever sa chute; et plus une chute est élevée, plus elle creuse un abîme profond.

.......Tolluntur in altum
Ut lapsu graviore ruant.
(Claudien.)

Les Espagnols emploient le même proverbe en y ajoutant un exemple tiré de l’histoire naturelle: De gran subida gran cayda: por su mal nacen las alas a la hormida; de grande montée, grande chute: pour son mal naissent les ailes à la fourmi.

Nous disons encore: Qui saute le plus haut, descend le plus bas.—Les Italiens disent: A cader va chi troppo in alto sale; c’est se précipiter que de s’élancer trop haut.

CIMETIÈRE.Il a de l’esprit, il a couché au cimetière.

Ingenio valet in cœmeterio dormivit. C’est comme si l’on disait: c’est un adroit, un rusé pèlerin; car ce proverbe est venu de ce que des pèlerins, faisant vœu de ne coucher sous le toit d’aucun homme vivant, allaient passer la nuit dans les cimetières, où ils trouvaient des vivres préparés pour leur subsistance par les soins compatissants du clergé. La conduite de ces pieux voyageurs eut une conséquence remarquable. Comme le peuple se rendait auprès d’eux pour acheter des croix, des rosaires, des agnus, des scapulaires, etc., il en résulta l’usage des foires tenues dans les lieux des sépultures. Ces foires, à la vérité, n’y restèrent pas longtemps, parce que les synodes s’y opposèrent; mais alors elles furent transférées sur les terrains adjacents; et de là vient qu’on voit encore aujourd’hui des marchés près des anciens cimetières en plusieurs lieux de France et d’autres pays.

CIRE.Comme de cire.

On dit de deux hommes de même humeur, de même inclination, qu’ils sont égaux comme de cire, et d’un habit qui ne fait pas un pli, qu’il est ou qu’il va comme de cire. Regnier-Desmarais observe que dans ces deux phrases il n’y a nulle construction, et que, pour y en trouver quelqu’une, il faut y rétablir plusieurs mots ellipsés, savoir: que les deux hommes sont égaux comme deux figures de cire sorties du même moule; que l’habit est ou va comme celui qu’une statue de cire prend dans le moule. Les Espagnols se servent, ajoute-t-il, d’une expression tout à fait semblable à la dernière phrase, en parlant d’un habit qui vient extrêmement bien à la taille: Le viene como de molde; il va comme s’il sortait du moule, comme s’il était moulé.

Comme de cire, ou simplement de cire, signifie aussi, fort à propos. «Ah! vous voilà, infante de mon ame! vous arrivez comme de cire. Il y a longtemps que je vous attendais.» (Théât. ital. de Gherardi, Naissance d’Amadis, sc. 6.)

Tels dons étaient pour des dieux,
Pour des rois voulais-je dire.
L’un et l’autre y vient de cire.
Je ne sais quel est le mieux. (La Fontaine.)