Vous vous aimez en sœurs, cependant j’ai raison
D’éviter la comparaison.
L’or se peut partager, mais non pas la louange.
Le plus grand orateur, quand ce serait un ange,
Ne contenterait pas, en semblables desseins,
Deux belles, deux héros, deux auteurs ou deux saints.
CONNAITRE.—Connais-toi toi-même.
Cette sentence de Chilon était écrite en lettres d’or dans le temple de Delphes. Les anciens la trouvaient si admirable, qu’ils ne pouvaient croire qu’un homme en fût l’auteur; et ils l’attribuaient à la divinité même.
«Se connaître, dit Charron, est la première chose que nous enjoint la raison; c’est le fondement de la sagesse. Dieu, nature, les sages et tout le monde prêche l’homme à se connaître. Qui ne connaît ses défauts ne se soucie de les amender; qui ignore ses nécessités, ne se soucie d’y pourvoir; qui ne sent pas son mal et sa misère, n’avise point aux réparations et ne court point aux remèdes.»—Il n’y a donc rien de plus important et de plus nécessaire que la connaissance de soi-même. Qui se connaît, connaît aussi les autres; car chaque homme, comme le remarque Montaigne, porte la forme entière de l’humaine condition.
CONSEIL.—La nuit porte conseil.
Ce proverbe, pris du latin, in nocte consilium, signifie qu’il y a du danger à suivre son premier mouvement, qu’il faut réfléchir à une affaire avant de l’entreprendre, et qu’il est utile de mettre l’intervalle d’une nuit entre le projet et l’exécution, ou, comme on dit encore, de consulter l’oreiller.
Les Arabes disent: Confiez-vous aux réflexions du lendemain.