Les Espagnols comparent le mari résigné qui ferme les yeux sur l’inconduite de sa femme, à l’escargot qui, pour se délivrer d’inquiétude, échangea ses yeux pour des cornes.

El caracol, por quitar de enojos,
Por los cuernos troco los ojos.

Ce proverbe fort original, dont on se sert aussi dans le midi de la France, est fondé sur une tradition populaire qui dit que l’escargot, qu’on suppose aveugle, fut créé avec de bons yeux, mais qu’étant sans cesse exposé à les avoir blessés en rampant sur la terre, il pria le bon Dieu de les lui ôter, et de les remplacer par des cornes, dont il espérait retirer plus d’avantage: ce qui lui fut accordé.

J’ai entendu chanter dans un village du département de l’Aveyron une vieille chanson patoise qui rappelle cette singulière tradition, et qui se termine par un couplet piquant dont je vais reproduire l’idée, à défaut des paroles que j’ai oubliées:

Celui que le guignon fit naître
Sous le signe ingrat du bélier,
Se tourmente pour mieux connaître
Ce qu’il ferait bien d’oublier.
Eh! qu’espère-t-il que souffrance
D’une ombrageuse vigilance
Qui doit lui prouver qu’il est sot?
Veut-il fuir des chagrins sans bornes?
Qu’il change ses yeux pour des cornes,
A l’exemple de l’escargot.

On emploie le nom de cornélius pour synonyme de cornard, comme on le voit dans ce vers du Sganarelle de Molière (sc. 6):

Et l’on va m’appeler seigneur cornélius.

L’évêque de Belley disait à un mari qui se plaignait hautement: «Taisez-vous donc; il vaut mieux être Cornelius Tacitus que Publius Cornelius

CORNEILLE.Y aller de cul et de tête, comme une corneille qui abat des noix.