Lamonnoye, dans le Glossaire alphabétique qui se trouve à la suite des Noëls bourguignons, donne une autre explication que je vais rapporter, quoiqu’elle me paraisse moins bonne que la première. «Le diable est à cul. C’est comme si l’on disait: le diable est poussé à bout; il est réduit à demeurer, pour toute défense, le cul rangé contre un mur; il est acculé. On appelle accul le lieu où l’on est acculé.»
Cul-de-plomb.
Le peuple, habitué à joindre l’image à la pensée, appelle ainsi un homme de bureau qui, du matin au soir, cloué sur son siége et courbé sur son ouvrage, semble avoir perdu l’usage de ses facultés locomotives.
Demeurer entre deux selles le cul à terre.
Cela se dit d’une personne qui prétendant à deux choses n’en obtient aucune, ou qui ayant deux moyens de réussir dans une affaire ne réussit par aucun des deux.
CULOTTE.—Porter la culotte.
On dit aussi: Porter le haut-de-chausses.—Ces deux expressions, parfaitement synonymes, s’emploient en parlant d’une femme qui maîtrise son mari. Fleury de Bellingen a pensé qu’elles avaient leur fondement dans l’histoire ancienne, et voici l’explication singulière qu’il en a donnée: «La reine Sémiramis prévoyant, après la mort de Ninus son époux, que les Assyriens ne voudraient pas se soumettre à l’empire d’une femme, et voyant que son fils Zaméis, ou Ninias, comme le nomme Justin, était trop jeune pour tenir les rênes d’un si grand état, elle se prévalut de la ressemblance naturelle qu’il y avait entre la mère et l’enfant, se vêtit des habits de son fils et lui donna les siens, afin qu’étant pris pour elle et elle pour lui, elle pût régner en sa place. Plus tard, ayant acquis l’amour de ses sujets, elle se fit connaître pour ce qu’elle était et fut jugée digne du trône. Quand nous disons des femmes généreuses qu’elles portent le haut-de-chausses, nous faisons allusion à cette reine qui régna en habit d’homme.»
On trouvera sans doute que Fleury de Bellingen est allé chercher trop loin l’origine d’une locution française. Cependant il aurait pu l’aller chercher plus loin encore, si la fantaisie lui en eût pris. Son imagination, au lieu de s’arrêter à la reine d’Assyrie, n’avait qu’à remonter à la mère du genre humain; il lui était tout aussi aisé de démontrer qu’Ève porta la culotte, dans le sens propre comme dans le sens figuré de l’expression, car la Bible, parlant de nos premiers parents occupés à faire un voile à leur nudité, dit textuellement: Consuerunt folia ficus et fecerunt sibi perizomata; ce qu’un ancien traducteur a rendu en ces termes: Ils cousirent des feuilles de figuier et s’en firent des culottes. L’auteur des Illustres Proverbes aurait du moins obtenu par une telle explication le suffrage de toutes les femmes, charmées de voir dans un article des livres saints la preuve irrécusable qu’elles n’ont pas moins que les hommes le droit de porter culotte.