Martyr du diable.
Cette expression, autrefois proverbiale, a été employée dans un sermon latin de Jean Gerson, pour désigner un homme livré à l’ensorcellement des niaiseries, fascinationi nugarum, et continuellement tourmenté dans des agitations pleines de l’esprit du monde mais vides de l’esprit de Dieu.—Elle pourrait s’appliquer très bien à ces petits-maîtres et à ces petites-maîtresses qui mettent leur corps à la torture pour paraître avec plus d’éclat sous les livrées de la mode, ainsi qu’à ces êtres blasés qui poursuivent si laborieusement de coupables voluptés, et qui portent presque toujours la peine de leurs plaisirs.
M***, presque septuagénaire, s’est avisé de prendre une épouse de dix-huit ans. Il cherche à racheter par des excès de jeune homme son insuffisance de vieillard. Il promène en tous lieux madame qui a besoin de distractions; il l’accompagne aux spectacles et aux bals; il ne prend de repos ni le jour ni la nuit, il est condamné aux plaisirs forcés. C’est vraiment un martyr du diable.
C’est le valet du diable, il fait plus qu’on ne lui commande.
Cette façon de parler, qui se prend d’ordinaire en mauvaise part, s’applique à un homme qui, par zèle ou par tout autre motif, fait plus qu’on n’exige de lui. Elle est probablement venue de ce que, dans les mystères et les diableries, les valets de Satan, étaient souvent représentés allant au delà de ses ordres, afin de signaler leur dévouement pour ses intérêts.
Il a les quatre poils du diable.
Autrefois, lorsqu’on voulait attacher aux contrats de vente ou de donation un caractère spécial de validité, c’était l’usage que les vendeurs ou les donateurs offrissent trois ou quatre poils de leur barbe, qui étaient insérés dans les sceaux des titres remis aux acquéreurs ou aux donataires, comme l’atteste la formule suivante citée par Ducange, au mot barba: «Pour que cet écrit reste à toujours fixe et stable, j’y ai apposé la force de mon sceau, avec trois poils de ma barbe.» C’est par allusion à cet usage qu’on dit en certains endroits, notamment du côté de la Suisse, pour désigner un rusé fripon qui vient à bout de tout ce qu’il entreprend, comme s’il avait fait pacte avec l’esprit infernal: Cet homme a les quatre poils du diable.
Ce qui vient du diable retourne au diable.
Ce qui est acquis par des moyens illégitimes ne se conserve pas, ou ne fait aucun profit.—Richard-Cœur-de-Lion avait coutume d’employer ce proverbe en parlant de sa famille qui, depuis Robert-le-Diable, père de Guillaume-le-Conquérant, s’était souillée de toutes sortes de vices et de crimes. Du diable nous venons, disait-il, et au diable nous retournons. Saint Bernard avait dit le même mot en parlant de Henri II, père de Richard-Cœur-de-Lion. De diabolo venit et ad diabolum ibit; il vient du diable, et au diable il retournera. (J. Bronton, Ap. scr. fr., XIII, 215.)