Il n’y a pas de pays plus propre que l’Écosse à rappeler ses habitants à l’humilité, et cependant les Écossais sont de tous les êtres les plus enclins à se glorifier. On serait tenté de croire que la nature a voulu développer chez eux ce penchant outre mesure afin de les empêcher de reconnaître les désavantages de ce sol triste et pauvre où elle les a placés. Leur misère a toujours une compensation toute prête dans leur excessive admiration d’eux-mêmes, et surtout dans leurs extrêmes prétentions à une antique noblesse. Garrick racontait plaisamment sur ce sujet que s’étant arrêté un soir dans une auberge, à quelques lieues d’Edimbourg, il n’y avait trouvé que des domestiques gentilshommes qu’il entendait parler entre eux de cette manière:—Monsieur le comte, conduisez le cheval à l’écurie.—Madame la comtesse, mettez le couvert.—Monsieur le marquis, nettoyez les bottes.—Madame la marquise, faites donc du feu.—M. le baron, quand servirez-vous la soupe? etc.... Rien n’est donc plus juste que le proverbe qui leur reproche un orgueil exagéré, proverbe usité en Angleterre depuis un temps immémorial, Proud as a Scotchman, et naturalisé en France dans le XVe siècle, à l’occasion des compagnies d’élite que Charles VII, pendant ses guerres contre les Anglais, avait composées de soldats fournis par des seigneurs d’Écosse dévoués à sa cause. Ces soldats étrangers avaient beaucoup de priviléges honorifiques avec une paie considérable, et leurs fonctions, en les approchant de la personne du roi, leur donnait une excessive importance à leurs propres yeux, comme aux yeux de tous les Français.
ÉCOUTE-S’IL-PLEUT.—C’est un écoute-s’il-pleut.
Un écoute-s’il-pleut est proprement un moulin qui ne va que par des écluses et qui, manquant d’eau fort souvent, semble écouter s’il en tombera du ciel. Au figuré, c’est un homme qui a besoin du secours d’autrui pour faire quelque chose, un homme qui s’attend à des choses qui n’arrivent presque jamais, une espérance très incertaine, une promesse illusoire, une mauvaise défaite.
ÉCOUTE.—Qui se tient aux écoutes entend souvent son fait.
La raison en est toute simple: c’est qu’ordinairement on ne se tient aux écoutes que pour surprendre les paroles de ceux qu’on soupçonne de malveillance, ou avec lesquels on a quelque chose à démêler.—On appelle proprement écoutes les endroits où l’on se cache pour écouter ce qui se dit.
Plutarque a comparé les oreilles d’un curieux à des ventouses qui attirent tout ce qu’il y a de mauvais.
L’Ecclésiaste dit (ch. VII, v. 22): «Que votre cœur ne se rende point attentif à toutes les paroles qui se disent, de peur que vous n’entendiez votre serviteur parler mal de vous. Cunctis sermonibus qui dicuntur ne accomodes cor tuum, ne forte audias servum tuum maledicentem tibi.»
ÉCRIT.—Les paroles s’envolent, et les écrits restent.
Verba volant et scripta manent.—Ce proverbe a deux sens: le premier est qu’en affaires il faut traiter par écrit, et non verbalement; ce qu’on exprime encore par cette phrase burlesque: Les effets sont des mâles, et les paroles sont des femelles; c’est-à-dire les effets ont plus de force que les paroles.