C’est-à-dire sur une chose qui n’en vaut pas la peine, sur la moindre bagatelle.
On a prétendu que cette expression est venue de la longue apostrophe que Pymante, personnage de la pièce de Clitandre par Corneille, adresse à l’aiguille avec laquelle Doris lui a crevé un œil. Mais une preuve sans réplique que l’expression n’est point venue de là, c’est qu’elle se trouve dans les vers suivants de Regnier, mort plusieurs années avant que Corneille eût écrit:
On n’avait point de peur qu’un procureur fiscal
Formât sur une aiguille un long procès-verbal.
Il est probable qu’elle est née d’une allusion aux disputes qui s’élèvent parmi les enfants, au jeu de la poussette, lorsque, dans un cas douteux, les uns prétendent que la pointe d’une aiguille qui vient d’être poussée avec le doigt se trouve placée de manière à rendre le coup valable, tandis que les autres soutiennent le contraire.
Les Grecs disaient: Disputer sur l’ombre d’un âne. Ce qui était fondé sur une historiette que Démosthène conta aux Athéniens pour ramener leur attention, un jour qu’il les haranguait, sans en être écouté, en faveur d’un homme qu’il voulait dérober au supplice. Un voyageur, dit-il, allait d’Athènes à Mégare, monté sur un âne qu’il avait loué. C’était au temps de la canicule, et vers le milieu du jour; ne pouvant résister à la rage du soleil et ne trouvant pas même un buisson sur la route pour se mettre à l’abri, il prit le parti de descendre de sa monture, de s’asseoir près d’elle et de se rafraîchir à son ombre; l’ânier qui l’accompagnait revendiqua cette place, alléguant qu’il n’avait pas loué l’ombre de sa bête. La dispute s’échauffa, des paroles on en vint aux coups, et il en résulta un procès... Après avoir parlé de la sorte, Démosthène allait reprendre sa harangue; mais les auditeurs, dont il avait piqué la curiosité, voulurent savoir quelle avait été la décision des juges sur une telle affaire. L’orateur alors releva éloquemment cette puérilité dans l’intérêt de son client, en leur reprochant d’accorder leur attention à une dispute sur l’ombre d’un âne, tandis qu’ils la refusaient à une cause où il s’agissait de la vie et de l’honneur d’un homme.
Les Latins disaient: Rixari de lanâ caprinâ. Disputer sur la laine d’une chèvre. Expression qui se trouve dans ce vers d’Horace:
Alter rixatur de lanâ sæpe caprinâ.
AIGUILLETTE.—Courir l’aiguillette.
Cette expression est, dit-on, fondée sur une coutume observée anciennement à Beaucaire, la veille de la foire, par les femmes de mauvaise vie qui, ce jour-là, célébraient la fête de sainte Magdeleine, leur patronne, en faisant une course publique où la plus agile gagnait un paquet d’aiguillettes. Ce n’était point sans un motif particulier qu’un pareil prix leur était assigné par les autorités du lieu; car l’enseigne de ces femmes était une aiguillette que chacune d’elles portait sur l’épaule gauche. Ainsi le voulait une ordonnance par laquelle Louis IX avait réglé leur costume, ordonnance que la reine Jeanne, comtesse de Provence, fit observer, un siècle après, dans le comtat Venaissin.
On ne peut dire précisément à quelle époque fut établie la course de Beaucaire. Peut-être est-elle aussi ancienne que la foire qui fut instituée, à ce qu’on prétend, par Raymond VI comte de Toulouse, en reconnaissance du zèle que les Beaucairois avaient montré pour ses intérêts pendant la guerre des Albigeois[6]. On ne peut préciser non plus à quelle époque cette course fut supprimée. Golnitz, qui en a parlé dans son Ulysse gallo-belge, écrit en 1630, nous apprend qu’elle n’existait plus alors depuis longtemps.