La duchesse de Villars disait que, pour se guérir de la manie de faire des châteaux en Espagne, il suffisait de voyager dans ce pays. Mot encore plus vrai aujourd’hui que de son temps.

On dit qu’une personne fait des cachots en Espagne, par opposition aux châteaux en Espagne, et pour signifier qu’elle se forge des chimères tristes, qu’elle voit tout en noir. Cette expression fut justement appliquée à M. de Ximenès, que son ami, M. d’Autrep, définissait plaisamment en ces termes: «C’est un homme qui aime mieux la pluie que le beau temps, et qui ne peut entendre chanter le rossignol sans s’écrier: Ah! la vilaine bête!»

M. Ch. Nodier a créé une autre expression qui me paraît heureuse, lorsqu’il a dit, dans sa charmante pièce intitulée: Changement de Domicile:

Quand je rêve tout seul, à travers la campagne,
Je me creuse parfois des fosses en Espagne.
Il est bon d’être à l’aise où l’on sera toujours.
Je voudrais y descendre à la fin des beaux jours.
Que chercher aux forêts si ce n’est une tombe?

ESPÉRANCE.L’espérance est le pain des malheureux.

Les malheureux se nourrissent d’espérance, ils suppléent par l’espérance aux biens dont ils sont privés. Eh! que deviendraient-ils, si elle ne les soutenait, si elle ne fesait luire ses rayons consolateurs sur ce fond d’agonie où se traîne leur misérable existence?

L’espérance est le viatique de la vie.

L’espérance est la compagne inséparable de l’homme sur le chemin qu’il parcourt du berceau à la tombe, et c’est elle qui le fait vivre jusqu’à son dernier soupir. La devises des philosophes elpistiques, Dum spiro, spero, tant que je respire, j’espère, appartient à tout le genre humain.

L’espérance est le songe d’un homme éveillé.