Fais ce que je dois et non ce que je fais.

Ce proverbe, qu’on suppose être la réponse d’un prédicateur auquel on reproche d’avoir une conduite en contradiction avec sa doctrine, a son origine et son explication dans ces paroles de l’évangile selon saint Mathieu (ch. XXIII, v. 2 et 3): Super cathedram Moysi sederunt pharisæi. Omnia ergo quæcumque dixerint vobis servate et facite: secundum opera vero eorum nolite facere; dicunt enim et non faciunt. Les pharisiens sont assis sur la chaire de Moïse: observez donc et faites tout ce qu’ils vous diront, mais ne faites pas ce qu’ils font; car ils disent ce qu’il faut faire, et ne le font pas.

Zénon comparait les hommes qui parlent bien et qui vivent mal à la monnaie d’Alexandrie, qui était belle mais pleine d’alliage.—Montaigne les appelait des dupeurs d’oreille.—D’après un adage ingénieux des saints Pères, ils ressemblent au bluteau qui garde le son et donne la farine: Cribrum pollinarium furfures sibi servat, aliis farinam exhibet.—Nous disons dans le même sens: La cloche appelle à l’église, mais elle n’y entre pas.—Les Anglais disent: The friar preached against stealing when he had pudding in his sleeve. Le moine prêchait contre le vol pendant qu’il avait le boudin dans sa manche.

FAMILIARITÉ.La familiarité engendre le mépris.

Lorsqu’on est familier avec ses inférieurs, on cesse d’en être respecté. Saint Bernard dit: Familiaris dominus fatuum nutrit servum. Un maître familier nourrit un valet impertinent.—Les Italiens disent: Dimestichezza di padrone, capello di matto; familiarité de maître, chapeau de fou, c’est-à-dire signe de folie.

FAMINE.La famine amène la peste.

Un mal est souvent l’avant-coureur ou la cause d’un plus grand mal. Ce proverbe, traduit du latin Famem pestilentia sequitur, fut employé au propre d’une manière bien éloquente par M. de Merainville, évêque de Chartres, qui dit à Louis XV, en lui demandant des secours pour les pauvres de son diocèse dans une grande cherté de grains: Sire, vous vivez dans l’abondance et vous ne connaissez pas la famine; mais la famine amène la peste, et la peste atteint les rois.

FANTAISIE.La fantaisie fait la loi à la raison.

Le mot fantaisie désignait autrefois l’imagination: il désigne aujourd’hui un désir vif et singulier qui tient du caprice, et dans cette dernière acception il ne convient pas moins au proverbe que dans la première. Le désir, comme l’imagination, est un tyran qui fait presque toujours céder la raison.