La langue des femmes est leur épée, et elles ne la laissent pas rouiller.

Proverbe que nous avons reçu des Chinois, qui, du reste, ne se bornent pas à une telle plaisanterie sur l’intempérance de la langue féminine; car un de leurs livres classiques met le babil fatigant au nombre des sept causes de divorce que les épouses ont à craindre.

Les Allemands ont fait une variante grossière à ce proverbe. Ils disent: Die Weiber fuhren das Schwert im Maule, darum muss man sie auf die Scheide schlagen. Les femmes portent l’épée dans la bouche, c’est pourquoi il faut les frapper sur la gaine.

Ils disent encore: Einer todten Frau der muss man die Zunge besonders todt schlagen. A femme trépassée, il faut tuer la langue en particulier.

D’après un proverbe du moyen âge, la langue des femmes est tellement vivace, que l’amputation même n’en peut arrêter le caquet: Lingua mulieris ne quidem excisa silet. L’idée de ce proverbe, que saint Grégoire de Nazianze a rappelé dans la première de ses épîtres, paraît avoir été suggérée par une plaisanterie d’Ovide, qui raconte que la langue d’une femme ayant été arrachée de son palais, s’agitait parterre en parlant toujours. Étrange pouvoir de l’habitude!

La rage du babil est-elle donc si forte
Qu’elle doive survivre en une langue morte!

Un auteur facétieux a prétendu que la langue, chez les femmes, n’est pas l’unique instrument des paroles, et que les bonnes commères ne resteraient pas muettes quand même elles seraient privées de cet instrument. Il cite à l’appui de son assertion l’exemple d’une jeune fille portugaise qui, étant née sans langue, jasait du matin au soir; ce qui donna lieu au distique suivant:

Non mirum elinguis mulier quod multa loquatur:
Mirum eum linguâ quod taceat mulier.

Il se peut que sans langue une femme caquette,
Mais non qu’en ayant une elle reste muette.

FESSE-MATHIEU.C’est un fesse-mathieu.

C’est un avare, un usurier.—Le Duchat pense que cette dénomination est venue par corruption de feste-Mathieu, c’est-à-dire fête-Mathieu, parce que saint Mathieu, qui était publicain, ou, suivant l’expression de l’Évangile, sedebat in telonio, est fêté par les collecteurs, les financiers et les prêteurs à intérêt, auxquels il a été donné pour patron. Le même motif, ajoute cet auteur, a fait dire, Enrichir saint Mathieu, pour signifier, faire gagner les usuriers, comme on le voit dans ces deux vers de Joachim du Bellay: