Les fèves fleurissent.
Florent fabæ. Dicton dont on se sert lorsqu’on veut taxer d’extravagance les discours ou les actes d’une personne, parce qu’on pense vulgairement que l’odeur exhalée par la fleur des fèves affecte les cerveaux faibles, et détermine la folie. Mais cette opinion, qu’on fait remonter aux enseignements de Pythagore, et qu’on appuie de l’autorité de Pline le naturaliste, est tout à fait déraisonnable. Si Pythagore a recommandé de s’abstenir de fèves, ce n’a point été parce qu’il les jugeait propres à causer une aliénation mentale; et si Pline a observé (liv. XXIV, ch. 17) que la folie ne se guérit jamais si bien qu’elle ne se manifeste encore par quelques retours, à l’époque de la floraison des fèves, ce n’a point été non plus pour établir entre ces plantes et cette maladie la relation d’une cause à un effet: il a voulu simplement proportionner ses observations à l’esprit de la multitude habituée à distinguer les diverses parties de l’année par la succession des phénomènes de la végétation. Le fait ne tient pas à la nature des plantes, mais à la révolution de l’année qui ramène souvent avec le printemps des accès périodiques d’affections cérébrales.
Cum faba florescit stultorum copia crescit.
En avoir pour sa mine de fèves.
Porter la peine de sa témérité, de son imprudence. C’est comme si l’on disait, en avoir pour ses folies, parce que les fèves sont le symbole de la folie. Les Grecs, pour désigner un homme dont la folie était insupportable, le nommaient mangeur de fèves. La même dénomination existe dans le patois du département de l’Aveyron, où l’on appelle macho-fabos, mache-fèves, celui qui fait preuve d’imbécillité ou d’extravagance.
Il n’est pas fou, dit un vieux proverbe, mais il tient un peu de la fève. Ce qui signifie: il n’est pas fou, mais il a tout ce qu’il faut pour l’être.
Dans le Festin de Pierre par Molière (act. II, sc. 1), le paysan Pierrot dit à Charlotte: «Oh! parguienne! sans vous, il en avait pour sa maine de fèves.» Maine est-il ici une altération du vieux mot mainée (poignée), comme le prétendent plusieurs commentateurs, ou bien du mot mine, mesure de capacité dont il est question dans l’expression proverbiale? Il me semble que Molière, en mettant cette expression dans la bouche d’un paysan, a voulu simplement traduire mine en jargon. Du reste maine et mine sont égaux pour le sens général.
FIACRE.—Cela n’empêche pas son fiacre d’aller.
Un cocher de fiacre avait été cité devant le parlement de Paris. Comme il ne parut pas assez coupable pour mériter une condamnation, la cour se contenta de lui dire qu’elle le blâmait; et notre homme, s’imaginant que ce blâme équivalait à une défense expresse de continuer son métier, se mit à gémir de la rigueur d’un jugement qui lui ôtait son gagne-pain; mais, averti de sa méprise, il passa subitement de la tristesse à la joie, et s’écria: Je vous demande bien pardon, messieurs les juges; blâmez-moi tant que vous voudrez, puisque cela n’empêche pas mon fiacre d’aller. Ces paroles firent rire, et devinrent d’un usage proverbial en parlant des gens qui vont toujours leur train, quoi qu’on dise d’eux.
FIDELIUM.—Passer les choses par un fidelium.