On ne doit appeler personne heureux avant sa mort.
Mot de Solon à Crésus.—«Cet adage semble rouler sur de bien faux principes. On dirait, par une telle maxime, qu’on ne devrait le nom d’heureux qu’à un homme qui le serait constamment depuis sa naissance jusqu’à sa dernière heure. Cette série de moments agréables est impossible par la constitution de nos organes, par celle des éléments, de qui nous dépendons, par celle des hommes, dont nous dépendons davantage: prétendre être toujours heureux est la pierre philosophale de l’ame. C’est beaucoup pour nous de n’être pas longtemps dans un état triste; mais celui qu’on supposerait avoir toujours joui d’une vie heureuse et qui périrait misérablement, aurait certainement mérité le nom d’heureux jusqu’à sa mort, et on pourrait prononcer hardiment qu’il a été le plus heureux des hommes. Il se peut très bien que Socrate ait été le plus heureux des Grecs, quoique des juges superstitieux et absurdes ou iniques, ou tout cela ensemble, l’aient empoisonné juridiquement, à l’âge de soixante-dix ans, sur le soupçon qu’il croyait un seul Dieu. Cette maxime philosophique tant rebattue, nemo ante obitum felix, paraît donc absolument fausse en tous sens, et si elle signifie qu’un homme heureux peut mourir d’une mort malheureuse, elle ne signifie rien que de trivial.» (Voltaire, Dict. phil., art. Heureux.)
«A mon advis, c’est le vivre heureusement, et non, comme disait Anthisthènes, le mourir heureusement, qui fait l’humaine félicité.» (Montaigne, Ess., liv. III, c. 2.)
HEURTER.—On se heurte toujours où l’on a mal.
Il n’en est pas ainsi sans doute, car on prend des précautions; mais il semble qu’il en soit ainsi, parce que les moindres coups reçus à un endroit sensible sont des coups qui comptent, tandis qu’ailleurs ils passent inaperçus.
HIC.—Voilà le hic.
Les lecteurs d’une pièce manuscrite ou imprimée, dans les temps voisins de l’imprimerie, mettaient souvent à côté des endroits remarquables le monosyllabe hic, abrégé de hic sistendum, hic advertendum (ici il faut s’arrêter, faire attention), et cet usage, étant devenu familier, a amené fort naturellement la façon de parler proverbiale: c’est là le hic; c’est là la principale difficulté de l’affaire, l’argument le plus fort de la cause. (L’abbé Morellet.)
HIRONDELLE.—Une hirondelle ne fait pas le printemps.
Il n’y a point de conséquence à tirer d’un seul exemple. Ce proverbe est la traduction littérale d’un proverbe latin qui est littéralement traduit d’un proverbe grec cité par Aristote. (Morale, liv. I.)
Hirondelles de carême.