Plutarque (Vie de Sylla, c. 64) rapporte que ce proverbe fut fait pour Sylla qui, dans sa jeunesse, s’étant montré d’un caractère jovial, doux et compâtissant, devint, pendant sa dictature, sévère, cruel, implacable.
Jean de Meung, dans le Roman de la Rose, soutient que les honneurs ne changent pas les mœurs, qu’ils ne font que les démasquer;
Car honneurs ne sont pas muance,
Ains sont signes de démonstrance
Quels mœurs en eulx devant avoient
Quant ès petits estats estoient.
Philippe II, roi d’Espagne, disait que peu d’estomacs étaient capables de digérer les grandes fortunes, et qu’une mauvaise nourriture n’engendrait pas tant de corruption dans les corps que les honneurs dans les esprits mal faits.
C’est beaucoup tirer de notre ami, dit La Bruyère, si, étant monté en faveur, il est encore un homme de notre connaissance.
Il villano nobilitato non cognosce suo padre.
Le vilain anobli ne connaît pas son père.
HONNI.—Honni soit qui mal y pense.
Suivant une tradition vulgaire, mais qui n’est appuyée d’aucune autorité ancienne, la comtesse Alix de Salisbury, dans un bal donné à la cour d’Édouard III, roi d’Angleterre, laissa tomber en dansant le ruban bleu qui attachait un élégant bas de chausse qu’on portait alors. Le monarque s’empressa de le ramasser, et ayant vu sourire plusieurs courtisans, qui n’avaient pas l’air de croire que cette faveur fût due au simple hasard, il dit à haute voix: Honni soit qui mal y pense. Et comme tout événement susceptible d’une tournure galante était célébré avec éclat parmi les guerriers de cette époque, le prince, en mémoire de celui-ci, institua l’ordre de la jarretière, auquel il donna pour devise les mots qu’il avait prononcés. Cette origine, quelque frivole qu’elle paraisse, n’est pas incompatible avec les mœurs de ce siècle (1349), et il est difficile, en effet, de rendre raison autrement de la devise et du signe particulier de la jarretière, ni l’un ni l’autre n’ayant aucun rapport sensible à des coutumes et à des ornements militaires de ce temps[55].
Le duc d’Orléans, père du roi Louis-Philippe, avait fait inscrire, dit-on, dans ses écuries la devise de l’ordre de la jarretière, en changeant l’orthographe du dernier mot: Honni soit qui mal y PANSE.