La bonne intention doit être réputée pour le fait.

C’est-à-dire qu’après s’être montré bien intentionné à l’égard de quelqu’un, on mérite sa reconnaissance pour le bien qu’on a voulu lui faire, comme si on le lui avait fait.—Ce proverbe ne doit s’employer que dans un sens restreint et déterminé par une juste appréciation des faits. Il serait absurde de l’appliquer à de bonnes intentions exécutées avec une imprudence impardonnable et suivies d’un effet nuisible. Il ne faut pas qu’un sot puisse le prendre pour excuse, et prétendre qu’on doive lui être obligé, lorsqu’il aura compromis ou desservi quelqu’un par ses sottises avec les meilleures intentions du monde, lorsqu’il se sera conduit comme l’ours émoucheur qui casse la tête à son maître avec un pavé, pour le délivrer de l’importunité d’une mouche.

Les bonnes intentions sont trop souvent alléguées pour justifier des fautes, et elles ont trop souvent de mauvais effets peu différents du mal fait à dessein, pour mériter d’être prises en considération. Aussi, est-ce avec raison qu’un proverbe, usité en Portugal, en Espagne et en France, dit que l’enfer est pavé de bonnes intentions. Ce que Bossuet s’est rappelé peut-être lorsque, tonnant contre les vices déguisés en vertus, il s’est écrié avec une admirable énergie: Toutes ces vertus dont l’enfer est rempli.

IOTA.Cela ne vaut pas un iota.

L’iota est la plus petite lettre de l’alphabet grec, la naine des lettres, suivant l’expression de Cœlius, pumilio litterarum, quod omnium et figurâ et sono tenuissima sit et minima. C’est pourquoi il a été employé comme synonyme de la plus petite chose dans ce passage de l’Évangile selon saint Mathieu: Iota unum aut unus apex non præteribit à lege donec omnia fiant. Il serait donc naturel de penser que la locution a été introduite par cela seul. Cependant on lui attribue une autre origine que je vais rapporter avec quelque détail, parce qu’elle se rattache à un fait important de l’histoire ecclésiastique, celui du triomphe momentané de l’arianisme. Les fauteurs de cette hérésie et les Eusébiens, qui avaient été toujours d’accord pour attaquer le dogme de la consubstantialité, s’étant divisés à cause de la fausse proposition de foi faite à Ancyre, l’empereur Constance, intéressé à réunir les deux partis, crut y réussir en convoquant un concile d’Orient et un concile d’Occident. Le premier fut tenu à Séleucic, ville d’Isaurie. Saint Hilaire, qui y assista et qui nous en a laissé une relation, dit qu’il n’y eut pas plus de quinze évêques défenseurs de la bonne doctrine attaquée par cinq cents autres. Il s’y manifesta une telle divergence d’opinions parmi les sectaires, qu’ils se séparèrent sans avoir rien conclu. Le second, où les orthodoxes se trouvaient en majorité, eut lieu à Rimini dans la Romagne. Il fut également troublé par une dispute des plus opiniâtres, à propos d’un iota que les novateurs voulaient introduire dans le mot grec omoousion, consubstantiel, qui serait alors devenu omoIousion, de semblable substance, ce qui n’aurait exprimé qu’imparfaitement l’essence divine du Fils égal au Père. Ce changement favorable aux progrès de l’erreur d’Arius fut repoussé. Mais l’empereur, qui voulait qu’on l’adoptât, parvint à gagner par la ruse et par la violence dix évêques que le concile avait députés vers lui pour l’instruire de ses actes, et il leur fit souscrire une formule contraire à la décision rendue. Puis il se hâta de les renvoyer à leur assemblée dont il avait eu soin de retarder la clôture. Elle refusa d’abord de communiquer avec eux; ensuite la plupart des membres se relâchèrent de cette rigueur et signèrent à leur tour. A la vérité, ils croyaient ne faire qu’un acte de conciliation, puisque la formule était catholique dans le fond, mais dès qu’ils s’aperçurent que les ennemis de la foi triomphaient à la faveur de la forme, ils se rétractèrent malgré les persécutions de Constance. L’iota fut alors proscrit et méprisé, et l’on affecta de dire, pour désigner une chose de nulle valeur, qu’elle ne valait pas un iota.

ISRAÉLITE.C’est un bon israélite.

Dans l’Évangile selon saint Jean (ch. i, v. 47), Jésus-Christ dit de Nathanaël, qui était un homme bon, franc, sincère, craignant Dieu et aimant la justice: Ecce verè israelita in quo dolus non est. Voilà un véritable israélite en qui il n’y a nul artifice. C’est de là qu’est venu l’usage d’appeler bon israélite un homme plein de candeur et même un peu simple.

Racine s’est souvenu sans doute de l’expression de l’Évangile, lorsqu’il a dit dans la première scène d’Athalie:

Je vois que l’injustice en secret vous irrite,
Que vous avez encor le cœur israélite.