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NAPPE.—Trancher la nappe.
C’était un genre d’affront infligé autrefois à table à un gentilhomme qui se rendait indigne de ce titre, par un roi d’armes ou un héraut qui venait couper devant lui la touaille, ou la partie de la nappe qui lui servait de serviette, et tourner son pain sens dessus dessous[66]. «Charles VI, dit Legrand d’Aussi, avait réuni à un banquet, le jour de l’Épiphanie, plusieurs convives illustres, entre lesquels était Guillaume de Hainaut, comte d’Ostrevant. Tout à coup un héraut vint trancher la nappe devant le comte, en lui disant qu’un prince qui ne portait pas d’armes n’était pas digne de manger à la table du roi. Guillaume surpris répondit qu’il portait le heaume, la lance et l’écu, ainsi que les autres chevaliers. «Non, sire, cela ne se peut, répondit le plus vieux des hérauts; vous savez que votre grand oncle a été tué par les Frisons, et que, jusqu’à ce jour, sa mort est restée impunie. Certes, si vous possédiez des armes, il y a longtemps qu’elle serait vengée.»—Cette terrible leçon opéra son effet. Depuis ce moment, le comte ne songea plus qu’à réparer sa honte; et bientôt il en vint à bout.»
NÉCESSITÉ.—Nécessité n’a point de loi.
Un extrême péril, un extrême besoin peuvent rendre excusables des actions blâmables en elles-mêmes. Saint Bernard s’est servi de ce proverbe dans la phrase suivante, extraite du chapitre V de son Traité sur le précepte et la dispense: Necessitas non habet legem, et ob hoc excusat dispensationem. La nécessité n’a point de loi, et c’est pour cela qu’elle excuse la dispense.—On dit aussi: Nécessité contraint la loi.
Faire de nécessité vertu.
Faire de bonne grâce une chose qui déplaît, mais qu’on est obligé de faire; agir de son plein gré, mais fort à contre-cœur, comme dit le Jupiter d’Homère: ἑλὠν ἀέκοντίγε Θυμῷ (Iliad., liv. IV, v. 43).
Ce proverbe est littéralement traduit du proverbe latin qu’on trouve dans saint Jérôme et dans saint Pierre Chrysologue: Facere de necessitate virtutem.
Racine a su ennoblir ce proverbe dans ces vers de Britannicus (act. II, scène 3):
Qui, dans l’obscurité, nourrissant sa douleur,
S’est fait une vertu conforme à son malheur.