«Ces différences ne sont pas l’effet du caprice; chaque peuple, chaque siècle attachait une idée particulière à la couleur qu’il choisissait pour interprète de ses douloureux sentiments. Les uns voyaient dans le jaune, couleur de la feuille qui se flétrit, l’image de la décomposition des corps; les autres, dans le bleu, l’image de la céleste demeure que doit habiter l’ame du juste; le gris rappelait à ceux-ci la terre, d’où chacun est sorti et où chacun doit rentrer; le violet, couleur sombre, qui néanmoins participe du bleu, exprimait pour ceux-là l’espérance et la douleur; le blanc, pour les Chinois qui honorent dans les ames de leurs ancêtres des génies protecteurs, était un symbole de pureté et d’immortalité. Chez les Grecs et chez les Romains, pour qui mourir était descendre dans la nuit éternelle, le noir rappelait cette idée lugubre: de toutes les couleurs, c’est celle qui convient le mieux au deuil. L’aspect d’une couleur quelconque réveillera sans doute l’idée d’un triste sommeil si on l’y a rattachée; mais le sentiment qu’elle réveille, le noir l’inspire: le noir par sa nature est le deuil lui-même.» (A. V. Arnault.)

REITRE.C’est un vieux reître.

C’est un homme fin, rusé, expérimenté, un homme qui a vu du pays, ou, comme on dit en d’autres termes, un vieux routier. Le mot reître vient de l’allemand, Reitter, qui signifie cavalier. Les reîtres étaient un corps de troupes allemandes que le roi de Navarre avait appelé au secours des calvinistes, et que le duc de Guise défit à Aulneau, le 24 novembre 1587.

RENARD.Le renard change de poil, mais non de naturel.

On vieillit, mais on ne se corrige point; on déguise son caractère, mais on ne le change point.—Les Anglais disent: What is bred in the bone will never come out of the flesh. On ne peut arracher de la chair ce qui est dans les os.

«Quand on planterait en paradis un arbre qui porte des fruits amers, qu’on l’arroserait avec l’eau du fleuve de l’éternité, qu’on humecterait ses racines du miel le plus doux, il conserverait toujours sa nature et ne cesserait de produire des fruits amers.» (Ferdouci, Satire contre Mahmoud.)

Les Arabes, les Persans et les Turcs ont ce proverbe, dont ils attribuent l’invention à Mahomet: Crois si tu veux que les montagnes changent de place, mais ne crois pas que les hommes changent de caractère.

REPENTIR.—Qui se repent est presque innocent.

Quem pœnitet peccasse pene est innocens. Ce beau proverbe qu’on trouve dans le recueil de Philippe Garnier, a pu être présent à l’esprit de Chénier, lorsque, assimilant le repentir à l’innocence, il a dit de Dieu avec une élégance exquise:

Pour lui le repentir est encor l’innocence.