Il faut louer tout bas ses amis.
Madame Geoffrin établissait comme autant de règles, 1o qu’il faut rarement louer ses amis dans le monde; 2o qu’il ne faut les louer que généralement et jamais par tel ou tel fait, en citant telle ou telle action, parce qu’on ne manque jamais de jeter quelque doute sur le fait ou de chercher à l’action quelque motif qui en diminue le mérite; 3o qu’il ne faut pas même les défendre lorsqu’ils sont attaqués trop vivement, si ce n’est en termes généraux et en peu de paroles, parce que tout ce qu’on dit en pareil cas ne sert qu’à animer les détracteurs et à leur faire outrer la censure.
Ces conseils sont le développement de notre proverbe, qui est pris du passage suivant des Proverbes de Salomon (ch. 27, v. 14): Qui laudat amicum suum voce altâ erit illi loco maledictionis. Qui loue son ami à haute voix, attire sur lui la malédiction.
Les amis de nos amis sont nos amis.
C’est-à-dire qu’ils ne doivent pas nous être indifférents, et qu’ils ont des droits à nos égards.
Il est bon d’avoir des amis partout.
Ce proverbe a donné lieu à un vieux conte qui a été mis en rimes de la manière suivante par je ne sais quel auteur:
Une dévote, un jour, dans une église,
Offrit un cierge au bienheureux Michel,
Un autre au diable.—Oh! oh! quelle méprise!
Mais c’est au diable. Y pensez-vous? ô ciel!
—Laissez, dit-elle, il ne m’importe guères;
Il faut toujours penser à l’avenir.
On ne sait pas ce qu’on peut devenir,
Et les amis sont partout nécessaires.
L’abbé Tuet rapporte qu’un Visigoth arien, nommé Agilane, disait un jour sérieusement à Grégoire de Tours, qu’on peut choisir, sans crime, telle religion que l’on veut, et que c’était un proverbe de sa nation, qu’en passant devant un temple de païens et une église de chrétiens, il n’y a point de mal de faire la révérence devant l’un et devant l’autre. Ce Visigoth, faisant son offrande à saint Michel, n’aurait sûrement pas oublié l’estafier du bienheureux.
Il faut se dire beaucoup d’amis et s’en croire peu.