Proverbe favori de la présidente Drouillet, qui passe pour l’avoir formulé. Il n’a rien de surprenant dans la bouche d’une femme galante; mais on doit s’étonner d’en trouver l’équivalent dans les écrits d’un philosophe. Helvétius a osé dire: «En s’abandonnant à son caractère, on s’épargne du moins les efforts inutiles qu’on fait pour y résister.» C’est absolument le principe des Manichéens, qui prétendaient dompter la chair en l’assouvissant, faire taire le monstre en emplissant la gueule aboyante, suivant l’expression de M. Michelet.
TERRE.—Bonne terre, mauvais chemins.
Les chemins sont presque toujours mauvais dans les grasses terres. De là ce proverbe, dont le sens figuré est que la plupart des avantages sont mêlés de quelques inconvénients.
Qui terre a, guerre a.
Qui a du bien, est sujet à avoir des procès.
Il n’y a pas de terre sans voisin.
Avis aux ambitieux qui voudraient tout avoir, parce qu’ils croient n’avoir rien s’ils n’ont tout.
Ce proverbe se trouve dans l’Ane d’Or d’Apulée, liv. IX, où l’un des trois frères que le mauvais riche fait périr, pour s’emparer de leur champ, lui adresse, en expirant, ces paroles: Scias, licet privato suis possessionibus paupere, fines usque et usque proterminaveris, habiturum te tam en vicinum aliquem. Sache que tu as beau étendre les limites de tes terres, en dépouillant le pauvre de son héritage, il faudra toujours que tu aies quelque voisin.
On raconte que Louis XIV, pendant qu’il fesait agrandir le parc de Versailles, ayant vu un paysan qui, au lieu de travailler, restait appuyé contre un arbre, lui demanda à quoi il pensait, et en reçut cette réponse: Je pense, sire, que vous avez beau agrandir votre parc, vous aurez toujours des voisins. J.-B. Rousseau a rimé ainsi cette anecdote dans une ode adressée au comte de Sinzindorf (Ode 7, liv. III):
Écoutez la leçon d’un Socrate sauvage