VERT.Prendre quelqu’un sans vert.

Dans les XIIIe, XIVe et XVe siècles, on formait des sociétés connues sous le titre de sans vert, dont le principal statut était qu’on porterait sur soi une petite branche de verdure pendant les premiers jours du mois de mai. Les membres de ces sociétés, dans les deux sexes, jouissaient du droit de se visiter à toute heure de la journée, depuis l’aurore jusqu’à la nuit, en négligé comme en toilette, afin de s’assurer que chacun était muni de la branche de l’espèce de verdure déterminée par la compagnie. Quand on se laissait surprendre sans cette branche ou avec cette branche déjà fanée, on recevait un seau d’eau sur la tête, et l’on était obligé de donner un gage représentant le prix d’une amende, dont le produit s’appliquait à des plaisirs variés.

Employer le vert et le sec.

Le vert et le sec désignent le fourrage vert et le fourrage sec qu’on donne à manger aux bestiaux. On met les chevaux au vert ou on les met au sec, selon que l’un ou l’autre de ces deux régimes leur est plus salutaire; de là l’expression proverbiale employer le vert et le sec, c’est-à-dire employer tous les moyens, toutes les ressources qu’on peut avoir pour réussir à une chose.

On rapporte que Henri IV, voyant arriver à un bal qu’il donnait une dame vieille et sèche, vêtue d’une robe verte, s’approcha d’elle, et lui dit, qu’il lui était bien obligé du soin qu’elle avait pris, pour faire honneur à la compagnie, d’employer le vert et le sec. Cette plaisanterie, indigne d’un si bon roi, a donné une acception de plus à l’expression proverbiale.

VIE.Cache ta vie.

Ce précepte proverbial, que Suidas attribue à Néoclès, frère d’Epicure, était fort estimé des épicuriens, qui enseignaient par là de ne point se mêler des affaires publiques avec lesquelles le bonheur leur semblait incompatible. Plutarque, indigné d’une telle doctrine, en a fait une critique rigoureuse dans un traité particulier où il la signale comme destructive de tous les intérêts sociaux. Mais, quoi qu’il en dise, le mot cache ta vie est assez bien trouvé pour nous apprendre que notre prospérité nous expose aux traits de l’envie, et qu’il est prudent de cacher nos avantages pour être heureux. C’est ainsi qu’il faut l’entendre, et c’est ainsi que Voltaire l’a entendu dans ces vers qu’il adresse au bonheur personnifié, sous le nom grec de Macare.

Macare, c’est toi qu’on désire:
On t’aime, on te perd, et je croi
Que je t’ai rencontré chez moi,
Mais je me garde de le dire.
Quand on se vante de t’avoir,
On en est privé par l’envie;
Pour te garder il faut savoir
Te cacher et cacher sa vie.