[70] Lors de l’avénement de Hugues Capet, on comptait en France plus de cent cinquante monnaies différentes, dont la plupart s’excluaient réciproquement, ce qui rendait presque impossible le commerce de province à province. La monnaie royale n’eut cours, dans tout le royaume, que sous le règne de Louis IX, qui eut seul le droit de faire frapper de» pièces d’or et d’argent, en laissant à plus de quatre-vingts seigneurs celui d’en fabriquer d’une autre matière.
[71] Pour qu’on ne m’accuse pas de vouloir rien ôter à la gloire de saint Denis, j’ajouterai, d’après Helduin, son biographe, qu’il baisa plusieurs fois sa tête sur la route, en présence des anges qui l’accompagnaient en chantant: Gloria tibi, Domine, alleluia. Une action si miraculeuse doit être conservée dans les livres, avec d’autant plus de soin que la peinture et la sculpture seront à jamais impuissantes à la représenter.
[72] C’est le nom qu’on donnait à la somme taxée par les lois pour la réparation de quelque crime. «Les peines corporelles, dit M. Michelet, étaient rares, inexécutables, chez les Barbares. Ce n’était pas chose aisée de mettre la main sur un homme désespéré, pour lequel toute une tribu aurait combattu. Les représailles, d’ailleurs, n’auraient jamais fini. Il valait mieux éteindre la vengeance, faire payer le coupable.» De là vint l’usage du wehrgeld ou composition.
[73] Phébus était un surnom donné à ce prince, soit à cause de sa beauté, soit à cause de son amour pour la chasse, soit à cause du soleil qu’il avait pris pour emblème.
[74] C’est ce que dit saint Grégoire de Nazianze, dans des vers grecs dont sir Thomas Brown a rapporté cette traduction latine.
Utque latet rosa verna suo putamine clausa,
Sic os vincla ferat, validisque arctetur habenis
Indicatque suis prolixa silentia labris.
[75] Cet usage n’est pas entièrement tombé en désuétude. J’en ai été témoin dans la petite ville de Vahres, près de Saint-Affrique, département de l’Aveyron.
[76] Jacquet était, dit-on, venu par corruption de jacet: troisième personne du présent de l’indicatif du verbe latin jaceo, employé pour exprimer l’action du flatteur qui se prosterne, qui se met pour ainsi dire à plat ventre devant la personne qu’il veut flagorner.
[77] Des écrivains respectables assurent que les lis ne furent introduits que sous le règne de Louis-le-Jeune dans les armoiries de France, à la place des abeilles qui y figuraient primitivement. Comme ce prince avait été surnommé florus, à cause de sa grande beauté, ils conjecturent que ce doux surnom de fleur, joint à l’analogie que le nom de Loïs (Louis), avait avec un lis, donna l’idée d’adopter un tel emblème.
[78] La forme originale de cette phrase est devenue un objet de controverse pour les grammairiens. Les uns l’ont sévèrement blâmée, comme contraire aux habitudes reçues; les autres l’ont beaucoup louée, mais sans nous faire connaître la véritable raison pour laquelle l’innocence et le repentir, qui sont des noms dont le genre est différent, ont pu être légitimement désignés, dans le nom pluriel sœurs, par le même genre, et par le genre féminin plutôt que par le masculin. Voici, je crois, cette raison. Le nom sœurs n’est point en rapport immédiat avec l’innocence et le repentir, mais avec un nom pluriel ellipsé, et la construction pleine est celle-ci: Il n’appartenait qu’à la religion chrétienne d’avoir fait deux sœurs, DES DEUX VERTUS, l’innocence et le repentir. Les mots sont disposés dans la phrase avec tout l’art nécessaire pour faire passer ce qu’il y a de singulier et d’imprévu. Le mot sœurs s’offre le premier; immédiatement après lui vient celui d’innocence, qui donne à entendre que les deux sœurs sont des vertus. Le repentir n’arrive qu’en dernier lieu, et revêtu, pour ainsi dire, du caractère particulier sous lequel l’imagination du lecteur l’a déjà entrevu. M. de Châteaubriand, considérant le repentir comme une autre innocence, a fait sa construction selon l’idée qu’il avait dans l’esprit, plutôt que selon les mots, en vertu de la figure de grammaire nommée syllepse ou synthèse. L’usage de la syllepse du genre est assez fréquent dans notre langue. J’en pourrais citer beaucoup d’exemples; mais je me bornerai à celui-ci, de Voltaire: Joue-t-on Tancrède? personne ne m’en dit rien. Réussit-ELLE? Est-ELLE tombée? Mon intention, en choisissant cette phrase, est de montrer que l’idée peut en être reproduite sous la même forme que celle de M. de Châteaubriand, sans donner prise à la critique; et, pour cela, il n’y a qu’à dire: Joue-t-on Zaïre et Tancrède? Le public applaudit-il toujours ces deux charmantes sœurs?