C’est être transporté de joie.—Les Grecs et les Romains disaient dans le même sens: Être admis aux plus secrets mystères, par allusion aux jouissances que devaient éprouver les initiés aux mystères d’Eleusis, lorsqu’ils étaient admis par l’hiérophante, après de nombreuse épreuves, à la connaissance de ces mystères, si secrets, dit Tibulle (élég. 5, liv. III), qu’il n’était pas permis de les révéler même aux dieux.

Boire aux anges.

Saint Césaire, évêque d’Arles, dit, dans sa sixième homélie, que, de son temps, au commencement du VIe siècle, on poussait si loin la débauche de vin que, lorsqu’on ne pouvait presque plus boire, on adressait, pour s’y exciter encore, des santés aux saints et aux anges. Cette superstition d’ivrogne, renouvelée des Grecs qui, à la fin d’un repas, vidaient quelques coupes de plus en l’honneur des dieux, a donné naissance à l’expression boire aux anges, c’est-à-dire boire au delà de sa soif, ou, comme s’exprime Rabelais, boire pour la soif à venir.

Voir les anges violets.

On dit de quelqu’un qui a reçu un coup sur les yeux, qu’il a vu les anges violets, qu’on lui a fait voir les anges violets. C’est une allusion à l’éblouissement lumineux qui accompagne d’ordinaire ces sortes de coups, à la couleur violette de la partie contuse, à celle du costume épiscopal qui est aussi violette, et à l’usage où l’on était autrefois de désigner les évêques par le nom d’anges que saint Jean l’évangéliste leur a donné dans le deuxième chapitre de son Apocalypse.

L’Académie s’est bornée à dire que Voir les anges violets signifie avoir des visions creuses; mais il est certain que cette expression a toujours été employée dans le sens que j’ai donné et comme synonyme de cette autre plus usitée aujourd’hui: Voir trente-six chandelles.

ANGLAIS.Être poursuivi par les Anglais.

C’est être poursuivi par des créanciers rigides.—Le mot Anglais, pris dans ce sens, fut introduit, suivant Borel, à l’époque de l’occupation de la France par les Anglais qui, s’étant emparés de tout l’argent du pays, prêtaient aux habitants à des conditions fort dures, et se conduisaient comme de vrais Arabes envers leurs malheureux débiteurs. D’autres étymologistes pensent qu’il fut employé à l’occasion des impôts extraordinaires établis pour la rançon du roi Jean, prisonnier à Londres. Estienne Pasquier le fait venir des réclamations des Anglais qui prétendaient que cette rançon, fixée à trois millions d’écus d’or, par le traité de Bretigny, n’avait pas été entièrement payée.

Oncques ne vys Anglois de vostre taille,
Car, à tout coup, vous criez: baille, baille. (Marot.)